Ca faisait 3 semaines que j’étais partie du Cameroun, pour aller en France assister à un mariage et à divers événements familiaux.
Le retour au Cameroun est toujours un peu brutal.
L’ordre, la propreté, la netteté, la rigueur, le vide des rues française contrastent tant avec le désordre, la poussière les flaques la boue, le flou, le « ça dépend » et l’animation des rues à la camerounaise… Deux mondes, vraiment.
L’arrivée à l’aéroport est, pour le nouvel arrivant, comme un baptême Africain. Et pour l’habitué, cela reste très surprenant.
On part d’un grand aéroport où tout brille, où tout incite à la consommation (cafés et boutiques multiples), où tout est très ordonné (files d’attente bien alignées), où tout est très coordonné par les forces de l’ordre en présence… pour arriver dans un aéroport vieillot, à la peinture défraîchie et terne (je parle de l’aéroport de Douala car celui de Yaoundé est mieux entretenu et ordonné puisque c’est celui par lequel passe le président Paul Biya…), où le désordre règne en maître. A peine atterri, j’imagine le nouvel arrivant perdu : pas de file ni de panneaux, on ne sait pas où aller… on arrive tant bien que mal à un point où s’agitent des passagers et des policiers. Des "semblant de files" essaient de s’organiser mais cela reste tâche ardue : des gens passent, en raison de leur statut, de leur popularité, de leur lien avec certains policiers, d’autres essaient de profiter de l’agitation créée par l’arrivée de ces personnalités pour s’approcher de la sortie. Je fais d’ailleurs partie de ces gens puisque j’ai appris à me faufiler et à profiter du désordre, comme tout Camerounais… (Apprentissage qu’il faut absolument faire d’ailleurs pour se débrouiller dans ce pays). Des passagers enjoués, d’autres agacés par le désordre, des policiers égayés par l’arrivée de certaines de leurs connaissances, d’autres énervés par l’absence d’ordre… De nombreuses personnes en tenue (douaniers et autres) dont on doute de l’utilité et de l’efficacité… Beaucoup de gestes, de mots d’ordre lancés durement, de contrôles… pour quels résultats ? On ne saura jamais… De toutes les façons, ici, il suffit la plupart du temps de payer pour avoir ce qu’on veut (papiers, passage de la douane sans être contrôlé etc).
Après avoir franchi plusieurs « frontières », on arrive au tapis sur lequel arrive les bagages. Ou plutôt, LES tapis. Il y en a plusieurs, mais comme il n’y a pas de panneaux indiquant le tapis correspondant au vol, il faut les guetter tous. Dans le fond de la pièce, on voit un énorme tas de bagages. On ne sait pas trop d’où ils viennent ni pourquoi ils sont entassés là. Alors on commence à espérer très fort que ses bagages vont arriver très bientôt et en bon état… Le désordre règne. Des gars arrivent déjà avec des chariots et proposent leurs bons services… Les passagers sont agglutinés autour des tapis. Des douaniers sont juste derrière et fouillent des valises. Un tas de gens sont groupés à la sortie et essaient de se frayer un passage. Des hommes et des femmes s’agitent : « C’est COMMENT ? C’est même comment ici ? Tu fais même quoi avec mes bagages ? Ahhh…pssss… les gens-ci ! ». Intérieurement, j’éclate de rire. Extérieurement, je souris franchement. « Ahhh ! Enfin un peu d’animation ! Vive le Cameroun et les Camerounais ! Finies les vacances au calme, retour à la vie bouillonnante ! »
Soulagée, je récupère finalement mes bagages. J’envoie balader quelques personnes et je fonce vers la sortie, me faufilant, essayant d’être discrète et de profiter du désordre pour gagner du temps sur les contrôles. A la sortie, j’ai le cœur en joie : le sourire d’Annie et des enfants m’accueillent chaleureusement ! Ca fait 1h30 qu’ils m’attendent… sans problème (les Camerounais disent qu’en France on a l’argent mais que eux ils ont le temps…). Seulement, un gars m’a repéré et il se met à me coller. Il dit que puisque je suis passé sans être contrôlée, il faut que je « donne la bière » (c’est-à-dire l’argent équivalent à l’achat d’une bière) au douanier. Il dit que c’est ce dernier qui l’envoie. Des enfants nous rejoignent pour demander des euros « même 10 euros, la Blanche… » Le bavardage commence entre Annie, moi et le gars. J’abandonne vite et je laisse Annie gérer la situation. C’est toujours « éducatif » de voir comment un Camerounais gère ce genre de cas. On comprend vite qu’il ne sert absolument à rien d’expliquer quoi que ce soit au gars, de se justifier par des arguments très justes et qu’il est encore plus inutile de s’énerver. L’attitude à adopter est la nonchalance, l’ignorance et le « je m’enfoutisme ». On lui répond une fois sur quatre, les yeux hagards, le buste légèrement en arrière, marquant une attitude de totale détente. On n’ignore pas l’enfant qui passe avec un plateau de bonbons sur la tête (puisqu’on a justement envie d’un bonbon), mais on n’accorde aucune importance aux dires du gars qui continue de plaider sa cause. Il menace plusieurs fois d’aller chercher son ami douanier. Devant notre indifférence totale et nos réponses qui n’ont pas plus de sens que ses propos, il va chercher son ami. Celui-ci arrive et intérieurement, j’éclate encore de rire. Cet ami gringalet en T-Shirt, jean et basket est tout sauf un douanier ! Pourtant, sans avoir peur du ridicule, il soutient qu’il l’est et qu’on doit lui donner la bière puisque je suis passée sans être fouillée. Annie entre dans son jeu et fait comme si elle croyait que c’était effectivement un douanier : « mais vous n’aviez qu’à faire votre travail dans l’aéroport ! Maintenant, c’est trop tard, on est dehors ! ». Le pseudo douanier ne nous tient pas tête trop longtemps. Il part fièrement, comme un roi, en faisant un signe nous ordonnant de donner l’argent à son ami…
Ce dernier, qui n’a décidément pas peur du ridicule, choisit désormais une autre stratégie pour essayer de gagner quelques francs. Il devient poli et se met à nous servir. Nous entreprenons de traverser la route pour gagner la voiture. Heureusement qu’il est là pour nous montrer le chemin… Il nous prend les bagages des mains pour les mettre dans le coffre. Nous restons totalement indifférents et nous montons en voiture. Après avoir bloqué les portières, nous éclatons de rire : enfin débarrassés de cette colle !
« Bonne arrivée au Cameroun ! ».
Ca fait plaisir de retrouver l’animation des rues, avec les gens partout : les mamans qui vendent des habits, les gars qui poussent des planches, un chariot d’ananas pelés, de yaourts ou une gazinière ambulante permettant de confectionner des délicieux sandwich à l’omelette… les taximen qui roulent dans tous les sens, en klaxonnant et en se criant dessus régulièrement…les motos qui se faufilent au milieu de ce désordre (dont moi d’ailleurs, avec beaucoup de plaisir… le stress de l’aventure…)…
Dès demain, j’irai à nouveau goûter l’ambiance animée des bars camerounais pour siroter avec des amis une petite « smooth bien glacée » et manger une queue de poisson braisée accompagnée d’un bâton de manioc…