Par ou commencer ?
Ce voyage n’aurait pu se faire sans
Audrey qui m’a offert l’aller...
C’est dire « Bienvenue « de façon on ne peut plus explicite ! !J’ai été si chaleureusement accueillie ici au Cameroun par elle et ses amis et par ceux qui travaillent avec elle mais aussi par tous les camerounais !Et j’en rencontre plein des camerounais !De tous les âges de toutes conditions car sa vie professionnelle, sa curiosité de l’autre, sa soif de rencontres vraies lui ont permis de développer en 5mois un réseau d’une immense richesse. C’est incroyable d’ailleurs car elle rencontre partout des gens qu’elle connait !C’est vraiment Audrey la camerounaise avec ses robes à la mode d’ici mais bon elle n’a plus ses tresses africaines qui lui allaient si bien..
La peau noire a l’avantage de mettre en valeur le plus transparent et le plus beau de l’homme je veux dire le sourire et le regard...qui sont comme chacun sait les miroirs de l’âme.
Je suis arrivée le 10 décembre. Des années que je rêvais de prendre l’avion ! bon voyage Accueil à Douala à 2h du mat par son grand sourire et celui de ses amis Annie Collin Dannik Angèle Raymond. Annie m’avait préparé mon premier repas camerounais et de l’eau glacée. Car à Douala on crève de chaud mais ici à Yaoundé c’est juste comme une bonne petite canicule ! ! D’ailleurs ,après les formalités à 4h du mat on a filé direct sur Yaoundé car Angèle et Raymond étaient venus tout exprès me chercher en voiture !Bref dodo à 8h3O....Audrey au boulot dès l’aprèm. Moi je m’installe et fait ma 1iere sortie dans cet univers inconnu pour aller au call box[1] : J’y suis accueillie avec un grand sourire car ma venue a fait le tour de la ville et des environs et la maman est attendue partout !
Car la maman ici c’est quelque chose ! D’ailleurs me voilà devenue super maman car ici tous m’appellent maman !C’est un mot plein d’un profond respect et d’une grande tendresse marquée de la gratitude de l’africain pour toutes les mères. Je comprends pourquoi car ici les mamans sont des mères courage. Tant de femmes ici élèvent seules leurs enfants le père ayant disparu dans la nature...Et elles bossent pour gagner 3 sous pour acheter à manger puis il faut aller piler les arachides et hacher les herbes pour faire le ndolé piler le manioc allumer le feu aller chercher l’eau....Elles bossent dans des minis ateliers de couture . Elles bossent pour vendre quelques bananes plantain, des avocats, des tomates, du macabo, des ignames, des papayes ...qu’elles vont chercher tôt le matin à celles qui viennent vendre depuis leur village. Elles bossent pour faire du ménage et laver du linge comme Lydie chez Audrey (un luxe mérité car Audrey aussi bosse fort !) Elles bossent au bord de la route vendant viande de boeuf ou porc ou poisson qu’elles braisent sur place ainsi que des bananes ou du mais. Elles bossent en circulant avec des fruits tout épluchés sur un grand plateau en équilibre sur la tête ou avec une glacière (toujours sur la tête)pesant au moins 2O kg...Elles bossent pour faire leur champ quand elles vivent à la campagne...Et maintenant dernière nouveauté avec l’arrivée d’Audrey (et de son équipe !) elles bossent pour creuser à la main leur étang après avoir ôté arbres et arbustes... Elles bossent avec la volonté farouche de permettre à leurs enfants d’aller à l’école et élèvent souvent des enfants en plus des leurs....Et en plus elles sont toujours belles coquettes propres, Audrey me l’avait bien dit ! Mais alors ce qui me sidère en plus c’est leurs coiffures. Même quand elles ont un gros bandeau assorti à leur robe sur la tête, dessous elles sont coiffées. Des coiffures extraordinaires car leurs fines tresses font de superbes dessins sur leurs têtes ou les cheveux sont assemblés par petits paquets ou sur leurs cheveux elles en cousent d’autres ou elles se rajoutent des mèches de couleur. Je crois que je n’ai pas encore vu 2 femmes africaines coiffées pareil ! Sur la tête des petites filles il y a aussi une originalité incroyable : toutes petites elles sont déjà expertes en l’art du tressage. Si j’osais je me ferais un album photo de têtes de petites filles....
Bon, tout cela a des airs un peu sexistes...
Les hommes aussi bossent entre 2 bières : On les voit plus me semble-t-il dans l’habillement ayant transformé la haie du bord de la route en magasin de vêtements ou posé toutes les chaussures à la queue leu leu sur la rambarde du rond point ou portant sur leur tête un plateau de strings et tous les soutiens gorges sont accrochés et pendent tout autour faisant un rideau coloré derrière lequel transparaît leur visage. Certains ont toute une droguerie sur la tête. D’autres arpentent les rues avec juste trois chemises à vendre. Gros débouché pour les hommes : Le transport. La ville est sillonnée de tas de tôles jaunes dont certains ont encore la forme d’une voiture. J’exagère à peine !Ce sont les taxis qu’on prend à la volée en criant par leur fenêtre la destination et la somme qu’on propose. Il y a aussi plein de motos qui sont aussi des taxis. Bon sur les motos on met 1 souvent 2 voire 3 clients ( oui oui en plus du chauffeur) alors que les taxis peuvent en prendre 6 (plus les enfants bien sur !) Bref ici le transport citadin est très facile encore plus vite que le métro car on ne s’encombre pas de chercher une station....La ville fourmille de petits ou minis commerces ambulants ou en kiosque ou à même le sol entre les detritus. Le resultat est incroyablement vivant !On achète à manger partout tout chaud toutes sortes de mets avec des sauces et gare au piment qui vous enflamme la bouche ! Autre débouché masculin : Le gardiennage pour lutter contre la forte insécurité.
Ainsi Audrey est bien gardée : On rentre chez elle par un portail ou se relaient jour et nuit 2 gardiens auxquels il faut montrer patte blanche puis on traverse un jardin de palmiers de cocotiers de manguiers d’avocatiers de bananiers et autres merveilles fleuries, entretenu par un jardinier, et à l’entrée de son immeuble se relaient 2 autres gardiens dévoués et si vous arrivez le soir il vous faudra encore franchir un gros portail de fer dont seuls les résidents ont la clef ....Bon ça fait monter la facture des charges me direz vous (C’est l’AFVPqui paye ça en partie comme le loyer d ‘Audrey) Mais il faut savoir que le gardien qui garde avec une molle vigilance 12 h par jour 6 jours ou nuits par semaine (y’a des remplacants) est payé 4O OOO f par mois (Je parle en anciens francs ce qui pour moi est une aubaine !!)soit l’équivalent de 8O bières, 7O litres d’essence , 2OO trajets en taxi ou portions de frites de plantain,13O pommes , 16OO bananes et autant de petits beignets chauds,2OO rouleaux de PQ 2 plis,5O plaquettes de beurre,4O yards de tissu (La France et L’Angleterre s’étaient partagés le Cameroun après la guerre ou ils l’ont repris aux allemands ça laisse des traces la plus forte étant qu’ils sont souvent trilingues français anglais et leur langue régionale) 13 kg de leur propre café, 4OO macabos grillés........... Alors pour nourrir les 7 enfants quand on a payé le petit loyer et les frais de scolarité ça fait léger.. Bien sur faut pas tomber malade car y’a pas de sécu......
Alors avec de tels salaires c’est le royaume de la débrouille. Tous les moyens sont bons pour grapiller 1OO francs .Que d’énergie ils dépensent pour quelques sous !
Alors y’en a qui ont la bonne planque. Ainsi la ville fourmille de policiers masculins et féminins surtout à la période de noel ou l’insécurité augmente fortement car tout le monde cherche les sous pour fêter. Naivement je croyais que la police etait là pour veiller au grain mais non ! Eux aussi cherchent les sous et les amendes pour n’importe quoi pleuvent (surtout sur les taximans) amendes qui vont directement dans leurs poches . Il parait que moins de 1O % des recettes des impôts et taxes arrivent effectivement dans les caisses de l’Etat Le reste remplit les nombreuses poches intermédiaires.
Car la misère est grande ici et les Camerounais se battent bien et sont courageux. Beaucoup vivent en tongs dans des taudis aux toits de tole ondulée marchent des kms pour eviter les frais de transport portant de lourdes charges sur leurs têtes ou tirant des chariots de fruits ou de canne à sucre et au milieu d’eux d’autres camerounais manifestent une richesse insultante avec des énormes 4 x 4 rutilants. Au milieu de forêts de toits de toles rouillées surgissent des belles villas entourées de hauts mur
Que de contrastes dans ce pays !
Que de courage et de générosité !
Mais pourquoi tant de pauvres alors que la nature regorge de largesses tout au long de l’année , l’été étant permanent, et le sous sol est aussi tres généreux ? La corruption mine le pays et freine son développement malgré les efforts visibles de tant de ses habitants qui se battent pour survivre individuellement mais aussi plus collectivement. Les associations de toutes sortes pullulent ici, l’entraide est forte mais l’ami d’aujourd’hui peut etre votre voleur de demain »La confiance n’exclut pas la méfiance « disent ils.....
Mais moi J’aime déjà ce pays avec sa nature luxuriante avec l’accueil de ses habitants, avec leur force pour se battre, avec la beauté de ses femmes, avec la sagesse incroyable et l’ardeur des enfants, avec leur immense et déraisonnable confiance en Dieu, avec leur étonnante créativité (au niveau du vêtement c’est un régal et enfin dss hommes qui osent la couleur !,) avec leurs traditions qui les font vivre en compagnie de leurs ancêtres , avec une espèce de folie ambiante, avec leur amour pour leur pays (quelle joie quand je leur en vante les charmes !)....
Avec leur musique aussi !
Figurez vous qu’hier j’ai fait une touche auprès du plus célèbre chanteur du pays, leur Johnny quoi, qui a ensuite chanté tout exprès pour Audrey et moi ?(Les connaisseurs rétorqueront que ce n’est pas dur puisqu’il est aveugle !) Aujourd’hui Audrey et moi nous sommes empressées d’acheter quelques CD de lui et aussi une mini- chaine tant qu’à faire ! Son nom : André-Marie Talla. Il m’a donné son téléphone perso ! Il vit à Asnières....
Depuis que je suis ici vous devinez que je me suis pas ennuyée une seule minute !! Audrey veille comme une mère sur ma securité et me donne la main pour traverser ! On se taille aussi un joli succès quand on se balade toutes les deux sur sa moto, elle au guidon, au milieu du tourbillon des taxis et piétons et vendeurs (y’a pas devélos !) Audrey voulait tout me montrer et me faire rencontrer tous ceux qu’elle connaît dejà .
J’en plein la tête et le coeur ! Elle m’a emmenée en taxi brousse dans un village ou elle intervient : là bas elle est la princesse car elle est leur espoir de sortir de leur misère On y a partagé 24 h de leur vie Nous avons voyagé dans la magnifique province volcanique de l ouest y avons visité une léproserie en compagnie d’une religieuse de Metz qui y vit depuis 45 ans. Nous avons dormi chez un vieille maman, au fin fond d’un village de campagne ,et pour nous honorer elle nous a emmené faire le tour de ses morts pour leur donner à manger (on a fait le tour des différentes maisons de la famille où dans les cuisines sont enterrés les crânes des ancêtres sous une coupelle toujours remplie d’eau on y allume un feu on leur met de la nourriture on mâche avec eux des graines de jujube en tenant en main une pousse de plante de la paix...) A un moment , elle m’a embrassé les seins , puis son fils m’a expliqué : En fait elle faisait mine de me têter pour me dire que je suis une mère pour elle car je l’ai aidée. Elle a fait la même chose à Audrey qui lui a glissé quelques billets.
C’est en voiture avec le fils de cette dame que nous sommes allées à Douala pour passer Noel avec sa famille autour d’un repas pantagruelique et quand ils nous ont amenées au bus pour rentrer à Yaoundé nous étions chargées de fruits, de poisson, de légumes, de miel, de batons de manioc(et j en oublie ! ) à ne pas pouvoir tout porter....
Ce a quoi je n’arrive pas à m’habituer : L’étoile polaire est invisible à l’horizon ! Les astres tournent autour de nous en passant par la verticale et ça me donne le tournis j’ai l’impression d’être dans une toupie !
Bon je vous souhaite à tous et toutes bon courage pour la lecture....
J espere vous faire sentir et partager mon enthousiasme et que vous fermerez les yeux sur le style et une construction fouillie... J’ai écrit comme ça venait sans organisation prealable !
Audrey est bien contente que je m’occupe de nourrir son blog car elle à une vie très dense et souffre d’un manque chronique de temps du en grande partie à son travail mais aussi à sa soif de tout faire, tout voir, tout vivre....Mais elle a pris ses premiers jours de vacances et jouis du bonheur de quelques grasses mat et d’avoir le temps de flaner (avec moi) dans Yaoundé
Yaoundé s’est parée pour noel de quelques guirlandes electriques : Les habitants sont contents ,c’est la première fois !
Au fait savez vous ce que les camerounais qui le peuvent regardentà la TV ? Nos chaines françaises.....Ca entretien le mirage européen de la sociéte de consommation et peu à peu ça gagne les esprits...Pourvu qu’ils sachent sauvegarder le meilleur d’eux même, leur sens de l’hospitalité, leur générosité, leur fantaisie et la richesse de leur culture !
Plus que 9 jours pour moi ! Faudra absolument que je revienne j’y ai à peine goutté !
Maman Florence
En partant, maman m’a demandé de rajouter quelques petites choses :
- Surtout qd vous marchez dans yaoundé faites attention ou vous posez les pieds : c’est pas les crottes de chien mais les trous des routes et les bouches d’égouts sans protection (car volées) et les trottoirs défoncés !
- Ici, il n’y a pas beaucoup plus de moustiques qu’à Marly.
- Au niveau des bières, c ‘est le paradis ici car l’unité de base c’est le 75cl.
J’ajoute une anecdote : notre réveillon du 31.
Pendant que vous mangiez foie gras, saumon, escargot, mille plats raffinés et buviez du bon vin, du champagne et autres boissons diverses, nous passions une soirée bien mémorable également. Après avoir partagé une brioche avec Ndolo et ses frères et sœurs, des enfants orphelins vivant dans la pauvreté dans un des pires quartiers de Yaoundé, nous nous sommes fait invitées par une bande de jeunes camerounais (des amis à moi entre autres) à un bar. Nous avons bu quelques bières, dans une ambiance très populaire, au son de rythmes camerounais et dans une odeur très nauséabonde. En effet, seulement un mur nous séparait des chiottes – des chiottes pire qu’à la turc, comme au village mais en pire : un trou dans un endroit sombre tout bétonné. Au moins, au village, l’odeur s’évacue vite car on est dans la nature, et puis ce n’est pas bétonné et en plus, le trou est plus grand. Ceci n’est pas un détail moindre, je vous fait pas de dessein...). Vers 22h, nous commencions à avoir très faim. Mon ami nous commande donc un plat. En fait, il demande à la dame qui tourne dans le bar pour vendre la nourriture qu’elle a préparée chez elle de nous servir. La dame pose devant nous une assiette creuse dans laquelle a été versé un bouillon et un petit morceau de viande. Puis sur la table elle met l’accompagnement : des bâtons de manioc. Le tout était non seulement frugal mais pas bon du tout ! Seul le bouillon était potable : la viande était immangeable et les bâtons de manioc non plus ! Déjà qu’en règle générale, les bâtons de manioc, ce n’est pas génial, mais en plus, là, ils était vieux et secs ! On a quand même mangé, faim et politesse obligent... Mais on s’est regardé et on a bien ri intérieurement en pensant à vous tous qui étiez en train de vous remplir la panse de tas de bonnes choses...
A 23h, nous sommes allées à la messe. Nous avions promis à Ndolo de l’y rejoindre. C’était moitié en français moitié en patois, le prêtre était très vieux et endormant, son discours était très paternaliste, il n’y avait même pas de chorale ou de beaux chants pour nous réveiller et la moitié de l’assemblée dormait. Maman passait son temps à se demander où est-ce et quand est-ce qu’elle pourrait aller aux toilettes, et moi j’étais toute excitée et j’avais envie de danser. Tels étaient sur nous deux les effets des bières qu’on avait bues avant d’aller à la messe... Par contre, l’heure de minuit était sympa : tout le monde s’est réveillé et s’est embrassé. C’était joyeux. Nous sommes ensuite retournées au bar pour finir nos bières... Puis nous sommes allées remuer un peu notre popotin dans un cabaret, au son des balafons (un truc bien camerounais). En rentrant, maman a vidé mon frigo tellement elle avait faim (précisons que mon frigo n’était vraiment pas très plein quand même) ! Quel réveillon !
Depuis que maman est partie, j’ai repris ma vie « habituelle ». Je suis vraiment heureuse d’avoir pu partagé avec elle ma vie ici et de lui avoir montré un peu ce beau pays qu’est le Cameroun. Elle a pu gouter à beaucoup de choses : les beaux paysages, la bonne nourriture, les fruits et les fleurs extraordinaires, la peur d’être dans un taxi brousse en piteux état et avec un chauffeur fou, la sensation sur la moto sur les pistes de brousse, rouges, cabossées, pleines de trous, la chaleur de l’accueil des africains, la joie de se laver les mains chez soi quand on rentre de brousse, avec du savon et de l’eau qui coule du robinet, et de voir le jus marron rouge qui en sort, le plaisir, alors de prendre une douche et d’être enfin arrivé chez soir, la tête pleine de tout ce qui nous est arrivé. Toutes les deux, on se rappellera toujours de ce mois si exceptionnel.
Je rajoute une dernière chose. Ce mois avec maman a été reposant pour moi car grâce au respect que les africains ont pour leurs aînés, quand je marchais avec maman, personne ne criait « la blanche » « chérie » ou je ne sais quoi. Je marchais avec MA MAMAN et les gens me respectaient, car ils LA respectaient. Pas un jeune homme ne m’approchait. Au pire il me glissait un clin d’œil quand maman avait le dos tourné... Ce contraste m’a frappé. Maintenant, je dois de nouveau supporter tout ça. Et de nouveau, quand je sors, armer mon bazuka intérieur...
[1] Le call box est l’équivalent de nos cabines téléphoniques : il y en a partout. En réalité, ce sont des femmes qui tiennent un mini stand dans la rue (une caisse en carton sous un parasol le plus souvent). Elles ont un téléphone portable qu’elles mettent à disposition des gens. On paie à la minute et c’est moins cher que d’appeler de son propre portable. Le call box auquel maman fait référence est tenu par une jeune fille à qui je rend souvent visite.
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