Samedi 13 janvier 2007

Par ou commencer ?

Ce voyage n’aurait pu se faire sans

Audrey qui m’a offert l’aller...

C’est dire « Bienvenue «  de façon on ne peut plus explicite ! !J’ai été si chaleureusement accueillie ici au Cameroun par elle et ses amis et par ceux qui travaillent avec elle mais aussi par tous les camerounais !Et j’en rencontre plein des camerounais !De tous les âges de toutes conditions car sa vie professionnelle, sa curiosité de l’autre, sa soif de rencontres vraies lui ont permis de développer en 5mois un réseau d’une immense richesse. C’est incroyable d’ailleurs car elle rencontre partout des gens qu’elle connait !C’est vraiment Audrey la camerounaise avec ses robes à la mode d’ici mais bon elle n’a plus ses tresses africaines qui lui allaient si bien..

La peau noire a l’avantage de mettre en valeur le plus transparent et le plus beau de l’homme je veux dire le sourire et le regard...qui sont comme chacun sait les miroirs de l’âme.

Je suis arrivée le 10 décembre. Des années que je rêvais de prendre l’avion ! bon voyage Accueil à Douala à 2h du mat par son grand sourire et celui de ses amis Annie Collin Dannik Angèle Raymond. Annie m’avait préparé mon premier repas camerounais et de l’eau glacée. Car à Douala on crève de chaud mais ici à Yaoundé c’est juste comme une bonne petite canicule ! ! D’ailleurs ,après les formalités à 4h du mat  on a filé direct sur Yaoundé car Angèle et Raymond étaient venus tout exprès me chercher en voiture !Bref dodo à 8h3O....Audrey au boulot dès l’aprèm. Moi je m’installe et fait ma 1iere sortie dans cet univers inconnu pour aller au call box[1] : J’y suis accueillie avec un grand sourire car ma venue a fait le tour de la ville et des environs et la maman est attendue partout !

Car la maman ici c’est quelque chose ! D’ailleurs me voilà devenue super maman car ici tous m’appellent maman !C’est un mot plein d’un profond respect et d’une grande tendresse marquée de la gratitude de l’africain pour toutes les mères. Je comprends pourquoi car ici les mamans sont des mères courage. Tant de femmes ici élèvent seules leurs enfants le père ayant disparu dans la nature...Et elles bossent pour gagner 3 sous pour acheter à manger puis il faut aller piler les arachides et hacher les herbes pour faire le ndolé piler le manioc allumer le feu aller chercher l’eau....Elles bossent dans des minis ateliers de couture . Elles bossent pour vendre quelques bananes plantain, des avocats, des tomates, du macabo, des ignames, des papayes ...qu’elles vont chercher tôt le matin à celles qui viennent vendre depuis leur village. Elles bossent pour faire du ménage et laver du linge comme Lydie chez Audrey (un luxe mérité car Audrey aussi bosse fort !)  Elles bossent au bord de la route vendant viande de boeuf ou porc ou poisson  qu’elles braisent sur place ainsi que des bananes ou du mais. Elles bossent en circulant avec des fruits tout épluchés  sur un grand plateau en équilibre sur la tête ou avec une glacière (toujours sur la tête)pesant au moins 2O kg...Elles bossent pour faire leur champ quand elles vivent à la campagne...Et maintenant dernière nouveauté avec l’arrivée d’Audrey (et de son équipe !) elles bossent pour creuser à la main leur étang après avoir ôté arbres et arbustes... Elles bossent avec la volonté farouche de permettre à leurs enfants d’aller à l’école et élèvent souvent des enfants en plus des leurs....Et en plus elles sont toujours belles  coquettes propres, Audrey me l’avait bien dit ! Mais alors ce qui me sidère en plus c’est leurs coiffures. Même quand elles ont un gros bandeau assorti à leur robe sur la tête, dessous elles sont coiffées. Des coiffures extraordinaires car leurs fines tresses font de superbes dessins sur leurs têtes ou les cheveux sont assemblés par petits paquets ou sur leurs cheveux elles en cousent d’autres ou elles se rajoutent des mèches de couleur. Je crois que je n’ai pas encore vu 2 femmes africaines coiffées pareil ! Sur la tête des petites filles il y a aussi une originalité incroyable : toutes petites elles sont déjà expertes en l’art du tressage. Si j’osais je me ferais un album photo de têtes de petites filles....

Bon,  tout cela a des airs un peu sexistes...

Les hommes aussi bossent entre 2 bières : On les voit plus me semble-t-il dans l’habillement ayant transformé la haie du bord de la route en magasin de vêtements  ou posé toutes les chaussures à la queue leu leu sur la rambarde du rond point ou portant sur leur tête un plateau de strings et tous les soutiens gorges sont accrochés et pendent tout autour faisant un rideau coloré derrière lequel transparaît leur visage. Certains ont toute une droguerie sur la tête. D’autres arpentent les rues avec juste trois chemises à vendre. Gros débouché pour les hommes : Le transport. La ville est sillonnée de tas de tôles jaunes dont certains ont encore la forme d’une voiture. J’exagère à peine !Ce sont les taxis qu’on prend à la volée en  criant par leur fenêtre la destination et la somme qu’on propose. Il y a aussi plein de motos qui sont aussi des taxis. Bon sur les motos on met 1 souvent 2 voire 3 clients ( oui oui en plus du chauffeur) alors que les taxis peuvent en prendre 6 (plus les enfants bien sur !) Bref ici le transport citadin est très facile encore plus vite que le métro car on ne s’encombre pas de chercher une station....La ville fourmille de petits ou minis commerces ambulants ou en kiosque  ou à même le sol entre les detritus. Le resultat est incroyablement vivant !On achète à manger partout tout chaud toutes sortes de mets avec des sauces et gare au piment qui vous enflamme la bouche ! Autre débouché masculin : Le gardiennage pour lutter contre la forte insécurité.

Ainsi Audrey est bien gardée : On rentre chez elle par un portail ou se relaient jour et nuit 2 gardiens auxquels il faut montrer patte blanche puis on traverse un jardin de palmiers de cocotiers de manguiers d’avocatiers de bananiers et autres merveilles fleuries, entretenu par un jardinier, et à l’entrée de son immeuble se relaient 2 autres gardiens dévoués et si vous arrivez le soir il vous faudra encore franchir un gros portail de fer dont seuls les résidents ont la clef ....Bon ça fait monter la facture des charges me direz vous (C’est l’AFVPqui paye ça en partie comme le loyer d ‘Audrey) Mais il faut savoir que le gardien qui garde avec une molle vigilance 12 h par jour 6 jours ou nuits par semaine (y’a des remplacants) est payé 4O OOO f par mois (Je parle en anciens francs ce qui pour moi est une aubaine !!)soit l’équivalent de 8O bières, 7O litres d’essence , 2OO trajets en taxi  ou portions de frites de plantain,13O pommes , 16OO bananes et autant de petits beignets chauds,2OO rouleaux de PQ 2 plis,5O plaquettes de beurre,4O yards de tissu (La France et L’Angleterre s’étaient partagés le Cameroun après la guerre ou ils l’ont repris aux allemands ça laisse des traces la plus forte étant qu’ils sont souvent trilingues français anglais et leur langue régionale) 13 kg de leur propre café, 4OO macabos grillés........... Alors pour nourrir les 7 enfants quand on a payé le petit loyer et les frais de scolarité  ça fait léger.. Bien sur faut pas tomber malade car y’a pas de sécu......

Alors avec de tels salaires c’est le royaume de la débrouille. Tous les moyens sont bons pour grapiller  1OO francs .Que d’énergie ils dépensent pour quelques sous !

Alors y’en a qui ont la bonne planque. Ainsi la ville fourmille de policiers masculins et féminins surtout à la période de noel ou l’insécurité augmente fortement car tout le monde cherche les sous pour fêter. Naivement je croyais que la  police etait là pour veiller au grain  mais non ! Eux aussi cherchent les sous et les amendes pour n’importe quoi pleuvent (surtout sur les taximans) amendes qui vont directement dans leurs  poches . Il parait que moins de 1O % des recettes des impôts et taxes arrivent effectivement dans les caisses de l’Etat  Le reste remplit les nombreuses poches intermédiaires.

Car la misère est grande ici et les Camerounais se battent bien et sont courageux.  Beaucoup vivent en tongs dans des taudis aux toits de tole ondulée marchent des kms pour eviter les frais de transport portant de lourdes charges sur leurs têtes ou tirant des chariots de fruits ou de canne à sucre  et au milieu d’eux d’autres camerounais manifestent une richesse insultante avec des énormes 4 x 4 rutilants. Au milieu de forêts de toits de toles rouillées surgissent des belles villas entourées de hauts mur

Que de contrastes dans ce pays !

Que de courage et de générosité !

Mais pourquoi tant de pauvres alors que la nature regorge de largesses tout au long de l’année , l’été étant  permanent, et le sous sol est aussi tres généreux ? La corruption mine le pays et freine son développement malgré les efforts visibles de tant de ses habitants qui se battent pour survivre individuellement mais aussi plus collectivement. Les associations  de toutes sortes pullulent ici, l’entraide est forte  mais l’ami d’aujourd’hui peut etre votre voleur de demain »La confiance n’exclut pas la méfiance « disent ils.....

Mais moi J’aime déjà ce pays  avec sa nature luxuriante avec l’accueil de ses habitants, avec leur force pour se battre, avec la beauté de ses femmes, avec la sagesse incroyable et l’ardeur des enfants, avec leur immense et déraisonnable confiance  en Dieu, avec leur étonnante créativité (au niveau du vêtement c’est un régal  et enfin  dss hommes qui osent la couleur !,) avec leurs traditions qui les font vivre en compagnie de leurs ancêtres , avec une espèce de folie ambiante, avec leur amour pour leur pays (quelle joie quand je leur en vante les charmes !)....

Avec leur musique aussi !

Figurez vous qu’hier j’ai fait une touche auprès du plus célèbre chanteur du pays, leur Johnny quoi,  qui a ensuite chanté tout exprès pour Audrey et moi ?(Les connaisseurs rétorqueront que ce n’est pas dur puisqu’il est aveugle !) Aujourd’hui Audrey et moi nous sommes empressées d’acheter quelques CD de lui et aussi une mini- chaine tant qu’à faire ! Son nom : André-Marie Talla.  Il m’a donné son téléphone perso ! Il vit à Asnières....

 

Depuis que je suis ici vous devinez que je me suis pas ennuyée une seule minute !! Audrey veille comme une mère sur ma securité et me donne la main pour traverser ! On se taille aussi un joli succès quand on se balade toutes les deux sur sa moto, elle au guidon, au milieu du tourbillon des taxis et piétons et vendeurs (y’a pas devélos !) Audrey voulait tout me montrer et me faire rencontrer tous ceux qu’elle connaît dejà .

J’en plein la tête et le coeur ! Elle  m’a emmenée en taxi brousse  dans un village ou elle intervient : là bas elle est la princesse car elle est leur espoir de sortir de leur misère  On y a partagé 24 h de leur vie  Nous avons voyagé dans la magnifique province volcanique de l ouest y avons visité une léproserie en compagnie d’une religieuse de Metz qui y vit depuis 45 ans. Nous avons dormi chez un vieille maman, au fin fond d’un village de campagne ,et pour nous honorer elle nous a emmené faire le tour de ses morts pour leur donner à manger (on a fait le tour des différentes maisons de la famille où dans les cuisines sont enterrés les crânes des ancêtres sous une coupelle toujours remplie d’eau on y allume un feu on leur met de la nourriture on mâche avec eux des graines de jujube en tenant en main une pousse de plante de la paix...) A un moment , elle m’a embrassé les seins , puis son fils m’a expliqué :  En  fait elle faisait mine  de me têter pour me dire que je suis une mère pour elle car je l’ai aidée. Elle a fait la même chose à Audrey  qui lui a glissé quelques billets.

C’est en voiture avec le fils de cette dame que nous sommes allées à Douala pour passer Noel avec sa famille autour d’un repas pantagruelique et quand ils nous ont amenées au bus pour rentrer à Yaoundé  nous étions chargées de fruits, de poisson, de légumes,  de miel,  de batons de manioc(et j en oublie ! ) à ne pas pouvoir  tout porter....

Ce a quoi je n’arrive pas à m’habituer : L’étoile polaire est invisible à l’horizon ! Les astres tournent autour de nous en passant par la verticale et ça me donne le tournis j’ai l’impression d’être dans une toupie !

Bon je vous souhaite à tous et toutes bon courage pour la lecture....

J espere vous faire sentir et partager mon enthousiasme et que vous fermerez les yeux sur le style et une construction fouillie... J’ai écrit comme ça venait sans  organisation prealable !

Audrey est bien contente que je m’occupe de nourrir son blog car elle à une vie très dense et souffre d’un manque chronique de temps du en grande partie à son travail mais aussi à sa soif de tout faire,  tout voir,  tout vivre....Mais elle a  pris ses premiers jours de vacances et jouis du bonheur de quelques grasses mat et d’avoir le temps de flaner  (avec moi) dans Yaoundé

Yaoundé s’est parée pour noel de quelques guirlandes electriques : Les habitants sont contents ,c’est la première fois !

Au fait savez vous ce que les camerounais qui le peuvent regardentà la TV ? Nos chaines françaises.....Ca entretien le mirage européen de la sociéte de consommation et peu à peu ça gagne les esprits...Pourvu qu’ils sachent sauvegarder le meilleur d’eux même, leur sens de l’hospitalité, leur générosité, leur fantaisie et la richesse de leur culture !

Plus que 9 jours pour moi ! Faudra  absolument que je revienne j’y ai à peine goutté !

                            Maman Florence

 

 

 

En partant, maman m’a demandé de rajouter quelques petites choses :

 

- Surtout qd vous marchez dans yaoundé faites attention ou vous posez les pieds : c’est pas les crottes de chien mais les trous des routes et les bouches d’égouts sans protection (car volées) et les trottoirs défoncés !

- Ici, il n’y a pas beaucoup plus de moustiques qu’à Marly.

- Au niveau des bières, c ‘est le paradis ici car l’unité de base c’est le 75cl.

 

J’ajoute une anecdote : notre réveillon du 31.

Pendant que vous mangiez foie gras, saumon, escargot, mille plats raffinés et buviez du bon vin, du champagne et autres boissons diverses, nous passions une soirée bien mémorable également. Après avoir partagé une brioche avec Ndolo et ses frères et sœurs, des enfants orphelins vivant dans la pauvreté dans un des pires quartiers de Yaoundé, nous nous sommes fait invitées par une bande de jeunes camerounais (des amis à moi entre autres) à un bar. Nous avons bu quelques bières, dans une ambiance très populaire, au son de rythmes camerounais et dans une odeur très nauséabonde. En effet, seulement un mur nous séparait des chiottes – des chiottes pire qu’à la turc, comme au village mais en pire : un trou dans un endroit sombre tout bétonné. Au moins, au village, l’odeur s’évacue vite car on est dans la nature, et puis ce n’est pas bétonné et en plus, le trou est plus grand. Ceci n’est pas un détail moindre, je vous fait pas de dessein...). Vers 22h, nous commencions à avoir très faim. Mon ami nous commande donc un plat. En fait, il demande à la dame qui tourne dans le bar pour vendre la nourriture qu’elle a préparée chez elle de nous servir. La dame pose devant nous une assiette creuse dans laquelle a été versé un bouillon et un petit morceau de viande. Puis sur la table elle met l’accompagnement : des bâtons de manioc. Le tout était non seulement frugal mais pas bon du tout ! Seul le bouillon était potable : la viande était immangeable et les bâtons de manioc non plus ! Déjà qu’en règle générale, les bâtons de manioc, ce n’est pas génial, mais en plus, là, ils était vieux et secs ! On a quand même mangé, faim et politesse obligent... Mais on s’est regardé et on a bien ri intérieurement en pensant à vous tous qui étiez en train de vous remplir la panse de tas de bonnes choses...

A 23h, nous sommes allées à la messe. Nous avions promis à Ndolo de l’y rejoindre. C’était moitié en français moitié en patois, le prêtre était très vieux et endormant, son discours était très paternaliste, il n’y avait même pas de chorale ou de beaux chants pour nous réveiller et la moitié de l’assemblée dormait. Maman passait son temps à se demander où est-ce et quand est-ce qu’elle pourrait aller aux toilettes, et moi j’étais toute excitée et j’avais envie de danser. Tels étaient sur nous deux  les effets des bières qu’on avait bues avant d’aller à la messe... Par contre, l’heure de minuit était sympa : tout le monde s’est réveillé et s’est embrassé. C’était joyeux. Nous sommes ensuite retournées au bar pour finir nos bières... Puis nous sommes allées remuer un peu notre popotin dans un cabaret, au son des balafons (un truc bien camerounais). En rentrant, maman a vidé mon frigo tellement elle avait faim (précisons que mon frigo n’était vraiment pas très plein quand même) ! Quel réveillon !

Depuis que maman est partie, j’ai repris ma vie « habituelle ». Je suis vraiment heureuse d’avoir pu partagé avec elle ma vie ici et de lui avoir montré un peu ce beau pays qu’est le Cameroun. Elle a pu gouter à beaucoup de choses : les beaux paysages, la bonne nourriture, les fruits et les fleurs extraordinaires, la peur d’être dans un taxi brousse en piteux état et avec un chauffeur fou, la sensation sur la moto sur les pistes de brousse, rouges, cabossées, pleines de trous, la chaleur de l’accueil des africains, la joie de se laver les mains chez soi quand on rentre de brousse, avec du savon et de l’eau qui coule du robinet, et de voir le jus marron rouge qui en sort, le plaisir, alors de prendre une douche et d’être enfin arrivé chez soir, la tête pleine de tout ce qui nous est arrivé. Toutes les deux, on se rappellera toujours de ce mois si exceptionnel.

 

Je rajoute une dernière chose. Ce mois avec maman a été reposant pour moi car grâce au respect que les africains ont pour leurs aînés, quand je marchais avec maman, personne ne criait « la blanche » « chérie » ou je ne sais quoi. Je marchais avec MA MAMAN et les gens me respectaient, car ils LA respectaient. Pas un jeune homme ne m’approchait. Au pire il me glissait un clin d’œil quand maman avait le dos tourné... Ce contraste m’a frappé. Maintenant, je dois de nouveau supporter tout ça. Et de nouveau, quand je sors, armer mon bazuka intérieur...



[1] Le call box est l’équivalent de nos cabines téléphoniques : il y en a partout. En réalité, ce sont des femmes qui tiennent un mini stand dans la rue (une caisse en carton sous un parasol le plus souvent). Elles ont un téléphone portable qu’elles mettent à disposition des gens. On paie à la minute et c’est moins cher que d’appeler de son propre portable. Le call box auquel maman fait référence est tenu par une jeune fille à qui je rend souvent visite.

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Samedi 2 décembre 2006

J’aurais dû écrire cet article en premier...

Devant les questions répétées de certains d’entre vous, je le fais aujourd’hui...

Quel climat fait-il au Cameroun ?

A Yaoundé, il fait entre 20 et 30 degrés toute l’année. Il y a deux saisons principales : une grande saison sèche, de décembre à mars, et une grande saison des pluies, de fin juillet à novembre. Lors de la saison des pluies, c’est impressionnant : d’une minute à l’autre on passe d’un grand soleil à des trombes d’eau (comme si on nous versait des seaux d’eau sur la tête) Il y a aussi une petite saison sèche et une petite saison des pluies, mais je n’ai pas encore bien compris quand est-ce que c’était (ça varie beaucoup en fonction des zones et en plus, à cause du dérèglement climatique, on ne sait plus trop bien...). Le climat est donc très agréable, surtout à Yaoundé. Sur le littoral (vers Douala, la capitale économique du pays), il fait plus chaud et plus humide. Dans le Nord, il fait beaucoup plus chaud et sec (on peut dépasser largement les 30 degrés en saison sèche) .

Comment sont les paysages et la végétation ?

Le Cameroun est vraiment un très beau pays, riche de la diversité de ses paysages et de celle de ses populations. On trouve en effet plus de 250 ethnies, avec chacune leur langue, leurs rites, leur culture, leurs traits (caractériels et physiques). Au Nord les musulmans et les paysages sahéliens, au Nord Ouest les anglophones et les montagnes avec un climat plus frais, sur le littoral de très belles plages et une chaleur humide, au Sud la forêt dense et les pygmées... Je comprends pourquoi on dit que le Cameroun est l’Afrique en miniature ! De manière générale, le Cameroun est un pays très vert en tout cas (sauf au Nord en pleine saison sèche).

Quel est le régime politique ?

En théorie, nous sommes en démocratie. En pratique, le président, Paul Biya, ressemble plutôt à un dictateur qui règne avec une petite oligarchie. Ca fait 25 ans qu’il est au pouvoir, outre ses divers mandats, il en est à son 2ème septennat et s’il veut encore rester au pouvoir au-delà de 2011, il lui faudra changer la Constitution, ce qu’il est très probable qu’il fasse paraît-il... Tout est très politique ici et la corruption gangrène la société, à tous les niveaux. Ceci est une des raisons qui explique que le Cameroun, malgré ses richesses naturelles (pétrole, bois, aluminium...), la fertilité de son sol (produits agricoles nombreux, qui sont exportés vers les pays voisins, notamment le Gabon et la Guinée équatoriale. Vers nos pays, ce sont plutôt les produits issus des cultures de rente qui sont exportées : cacao, café, caoutchouc, bananes...), son fort potentiel touristique, et sa population dynamique et travailleuse, ait beaucoup de mal à se développer.

La dernière campagne présidentielle en 2004 fut certainement très populiste. Des grandes villes jusqu’au fin fond des villages, les gens ont tous un portrait ou un poster de Paul Biya chez eux ! Nombreux sont les hommes et les femmes ayant une chemise ou une robe sur laquelle est imprimé le visage de Biya, accompagné d’un petit slogan... On voit aussi partout des casquettes et des T-shirts avec l’inscription " je vote pour Biya " ou " I vote for Biya ". C’est déprimant...

Qui colonisa le Cameroun ?

D’abord les Allemands au XIXè puis les Français et les Anglais à partir de 1919. Ceci explique que l’anglais et le français soient les deux langues nationales. Le pays est indépendant depuis 1960.

Ca fait quoi d’être une blanche au milieu des noirs ?

Il faut apprendre à s’assumer et accepter de ne jamais pouvoir passer inaperçu. Dans la rue, partout, on m’interpelle " la Blanche ! " ou " le Blanc ! " ou " White ! ". C’est un peu violent au début, puis on s’habitue. Dès fois je réponds " le Noir ! ". Dans les villages perdus dans lesquels je vais, ils ne sont vraiment pas habitués à voir des blancs. Quand ils me voient, c’est donc toujours extraordinaire pour eux, c’est l’événement au village ! Tout le monde se retourne sur mon passage, les gens se mettent à plaisanter, les hommes disent qu’ils me veulent pour femme. Les enfants me regardent avec des yeux tout écarquillés. Certains ont peur de moi car c’est la première fois qu’ils voient un blanc. D’autres, quand ils me voient au loin, s’approchent, m’observent attentivement pour voir si je suis une Vraie Blanche et pas une albinos. Un albinos est un africain à la peau blanche et aux cheveux blonds. C’est une sorte de " malformation génétique ". Il y a beaucoup d’albinos au Cameroun. Ces enfants attendent souvent que des adultes (ou moi) les invitent à s’approcher et à venir me saluer. Ils accourent donc et chacun se bouscule pour me serrer la main, pour " toucher la peau blanche ".

Les gens sont souvent surpris de voir une petite blanche en bottes marcher des kilomètres en brousse. A ceux qui marchent avec moi ils leur disent qu’il ne faut pas laisser la blanche marcher comme ça, qu’il faut la mettre dans un pousse-pousse au moins (une brouette qu’on pousse) car tout ceci est trop fatigant pour elle... Ils considèrent les blancs comme des êtres fragiles et j’ai parfois l’impression (quand ils me connaissent pas encore) d’être une poupée en porcelaine.

Je fais l’objet de tous les égards. Parfois, quand j’arrive, on m’amène à un endroit et arrivée là, je vois plein de gens réunis : ils m’attendent pour une réunion. " Ah bon ? C’était ça le programme ? Bon, ok, allons-y alors ". Alors je me jette à l’eau, je leur parle du projet en essayant d’adapter mon langage et mes gestes à la mode africaine : je fais de mon mieux pour qu’ils captent les messages. Je les fais participer, reformuler, traduire en patois pour être sûre qu’ils ne se laissent pas bercer par le ton de ma voix et par la blancheur de ma peau mais qu’ils me comprennent bien... Il faut leur parler comme à des enfants, même si, attention, ils sont très intelligents. Après avoir étudié les techniques d’animation, me voici à la phase pratique !

Quand je vais dans un nouveau village, je repars le sac plein : avocats, ananas, bananes, macabo, casimango, oignons, mais... C’est ça la générosité africaine. L’étranger doit être bien reçu. Etre bien reçu veut dire avoir à manger, à boire, et repartir les bras chargés de cadeaux. C’est très touchant, surtout quand on vit avec eux et quand on voit comment ils se battent pour pouvoir se nourrir eux-mêmes et leurs enfants. Accepter tous ces cadeaux, dormir chez eux et manger avec eux et un honneur pour eux. Je ne peux donc qu’accepter avec plaisir.

Etre blanc veut dire avoir beaucoup d’argent. J’ai parfois l’impression d’être un billet de banque qui se ballade au village. Il arrive que des gens, en me voyant, fassent des yeux comme s’ils étaient soudainement devant un trésor de pièces d’or. On dirait qu’ils croient qu’on cueille les billets de banque dans notre jardin ou que ceux-ci poussent directement sur notre peau si blanche ! Ce qui est impressionnant, c’est que lorsqu’ils voient un de leurs " frères " marcher en compagnie d’un blanc, ils croient que celui-ci a, comme par magie, soudainement les poches pleines d’argent. Ils croient que s’ils vont travailler avec nous, ils deviendront millionnaires. Alors imaginez la difficulté qu’on a quand on leur dit que le projet n’apporte aucun financement, crédit ou subvention mais seulement un appui technique... Ils ne nous croient pas. On doit leur répéter des dizaine de fois et continuer à le répéter aux gens avec qui on travaille. Ils disent : " là où il y a le blanc, il y a l’argent. Ils nous disent qu’il n’y a pas l’argent mais ce n’est pas vrai. Ils nous disent ça au début, mais ça ne peut pas être vrai. L’argent va forcément sortir à un moment donné ". En effet, jusque là, les projets de développement apportaient des aides financières, du matériel... et tant d’argent consacré au développement n’a pas permis les effets espérés ! Désormais, on est dans l’ère de la responsabilisation, du développement durable : les paysans doivent donc changer de paradigme, et ce n’est pas du gâteau...

Ca fait quoi d’être au Cameroun pour la période de Noël ?

Eh bien je vous avoue que lorsque j’ai réalisé qu’on était le premier décembre ce matin, j’ai eu un choc. Moi qui n’ai jamais passé un Noël hors de Lorraine ! Ici, les températures montent (saison sèche oblige), le soleil tape de plus en plus fort, ma peau bronze et il n’y a pas un signe extérieur qui indique que Noël approche. Pas d’illuminations dehors, pas d’éclairage particulier dans les rues, pas de prospectus de pub diverses (personne n’a d’adresse de toute façon !), pas d’incitation à la consommation (consommer quoi ? Acheter où ? Il n’y a que peu de supermarchés ici. Un seul, score, ressemble à ceux qu’on a en France. Peut-être qu’eux, ils mettront quelques guirlandes... Sinon, ça m’étonnerait qu’on mette des papa noël au marché !). Ca me fait beaucoup de bien d’échapper à cette période d’éclatement de notre société de consommation. Si un jour je suis un peu nostalgique de nos rayons de supermarchés avec tous ces produits inutiles qui nous créent des faux besoins, je peux toujours aller à Score un samedi après-midi... Mais je m’en passe TRES bien ! J’ai toujours préféré aller au marché de toute manière. C’est très folklorique le marché ici. Ereintant, mais très drôle. Mon noël va quand même être familial puisque ma mère arrive le 11 décembre et reste jusqu’au 8 janvier. Je suis ravie de partager tout ce que je vis ici avec elle et de l’extraire de notre société de consommation pour cette période de l’année.

Es-tu au courant de l’actualité française ?

Grâce à RFI (radio france internationale), oui. J’aime beaucoup cette radio, que je découvre ici. Donc oui, je suis au courant pour Ségolène... Cependant, je suis au courant en très gros car bien que de nombreux paysans aient une radio chez eux, je suis peu l’actualité lorsque je suis en brousse, et comme j’y suis toute la semaine... Et que le week-end je vadrouille souvent aussi...

En tout cas, je suis bien contente d’échapper aux statistiques bidons et aux commentaires de nos chers médias français concernant la très prochaine élection présidentielle. Je vous plains : ça doit être bientôt l’overdose chez vous !

Ca se passe comment avec ta moto ?

Plutôt bien ! Je suis de plus en plus à l’aise et j’aime de plus en plus rouler avec. Pendant presque 2 mois je n’ai roulé que sur des touts petits trajets à Yaoundé et depuis 2 semaines, je me suis lancée en brousse avec. Ici, je me dépasse dans cesse. N’étant pas une motarde dans l’âme, il a fallu que je me dépasse pour ça aussi. Aujourd’hui, je suis rentrée de brousse avec : plus de 2h de moto et une arrivée à Yaoundé à une heure où le trafic est chargé... Je suis rentrée morte de fatigue chez moi. 2h de moto dont plus d’une heure sur des pistes pleine de poussière et de trous, ça casse bien ! J’étais hyper concentrée sur tout le trajet, prête à parer à toute folie d’un chauffard...

Parfois, en ville notamment, là où c’est le bordel complet, je tombe sur un chauffard qui a pitié de moi, et qui me laisse passer. Ca me fait du bien. C’est alors comme si un petit ange venait à mon secours...

Le klaxon, ici, c’est plus important que le frein. Je klaxonne donc à tout bout de champ. Dès fois, j’ai presque envie de traverser la ville le pouce appuyé sur le klaxon !

La loi du plus fort remplace le code de la route.

Quand le feu est rouge, il faut parfois passer quand même et au niveau des priorités, je ne comprends rien. De manière générale, je ne comprends pas leur code de la route, donc j’essaie de m’arrêter au rouge, de passer au vert, j’improvise au orange et pour les carrefours, je passe quand je peux, le pouce appuyé sur le klaxon.

Oui, la moto, c’est dangereux, mais les transports en commun, c’est guère mieux. Au moins, en moto, je suis un peu maître des choses. Et puis en brousse, pour le travail, c‘est bien pratique. En plus, quand j’ai fini, j’ai pas besoin d’attendre un temps indéfini pour pouvoir trouver un véhicule en partance pour Yaoundé : j’enfourche ma moto et vroum !

Et avec ton super sens de l’orientation tu t’en sors ?

Bon ben... J’apprends doucement à m’orienter, à repérer les arbres, les maisons ou les carrefours devant lesquels je dois tourner... Finalement, qui l’eut cru : sans carte, sans pancarte ni panneaux ni boussole, (et j’ai envie d’ajouter " sans route même..."), je m’en sors pas mal ! Je serai bientôt prête à aller seule en brousse (pour l’instant je fais les trajets avec un collègue ou alors je demande à mon ami mototaximan (Ndolo), de m’accompagner) !

Est-ce qu’on te manque ?

OUIIIIIIIIIII ! Ma vie est trépidante ici, c’est l’aventure tous les jours, pas un seul jour ne se ressemble, je ne connais pas l’ennui. Malgrè tout, parfois, il m’arrive de me sentir seule. A ce moment, j’aimerai juste pouvoir claquer des doigts pour venir vous voir rapido, me ressourcer avant de repartir vers de nouvelles aventures. Dans ce cas, j’appelle maman, Jeannette ou d’autres, je serre mon nounours ou je vais sur internet pour lire vos messages. Internet fait partie de mes ressources car j’ai besoin de vous lire et de vous écrire ! J’ai malheureusement très peu de temps d’aller sur le web ; ça me frustre d’ailleurs. J’ai accroché de nombreuses photos de vous chez moi et ça me fait du bien de voir vos bouilles en rentrant de brousse !

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Samedi 28 octobre 2006

A chaque fois que je reviens du village, je pourrais écrire un article pour vous raconter mes aventures, qui ne manquent pas !

3 extraits de mes aventures de la semaine dernière :

Une attaque de fourmis mania.

Un matin, à 5h30, je me lève et j’enfile mes vêtements. Je mets le nez dehors : le nuit se lève à peine et les enfants partent à l’école. Ils y vont à pieds : 1h30 de marche aller... 1h30 de marche retour (avec souvent des choses sur la tête pour amener à maman...) et pas en chaussures de rando : en tongue... Je les regarde, je hume l’air du matin, et tout à coup je sens des piqûres dans le bas du dos. Je mets la main, et j’attrape une fourmi rouge ! Je ressens de plus en plus de picotements, j’attrape de plus en plus de fourmis, alors je cours à la chambre, pour me mettre à poil et secouer à fond mes vêtements (seule chose recommandée dans ce cas). Les chiennes : en 2 minutes, elles avaient réussi à se faufiler dans les endroits les plus intimes... Oui, leur plan : atteindre les orifices le plus vite possible ! Inutile de vous dire que tout le reste de la journée, j’avais l’impression de ressentir encore ces piqûres, et même encore maintenant, en écrivant... Sacrées bêtes tout de même : quand on pense qu’elles peuvent dépecer un cadavre humain en 30 minutes ou tuer une antilope !

Une déclaration d’amour.

On m’avait prévenu : les camerounais sont assez directs, ils ne tournent pas beaucoup autour du pot. J’ai effectivement pu l’expérimenter.

Un jour, je vais dans un bas-fond avec un candidat. A un moment, il dit ‘asseyons-nous’ (sur un tronc d’arbre). Je dis que je ne suis pas fatiguée, je sens un truc bizarre. Il insiste. On s’assoit. Il me fait une petite introduction en me disant qu’il a quelque chose à me demander. Dans ma tête, mon sang ne fait qu’un tour : je sens le truc... Mais par contre, le ne m’attendais pas à la manière de la faire.

Il me dit : " Je veux faire l’amour avec vous ".

Gloups.

Vision d’horreur.

Prise de distance.

Ressaisissement.

On se calme.

Il a quelque chose de pas clair dans ses yeux, il est armé (une machette), nous sommes seuls, je suis sans défense. Seul Dieu me protège et me voit.

" C’est pas possible. Je ne suis là que pour le travail. En plus je suis fiancée.... blabla " " Oui, il est en France, il va venir bientôt... Je suis une femme fidèle... Oui en France, c’est différent, on est fidèle.... blabla... "

S’engage alors une discussion sur la fidélité (c’était un homme marié). Je fais la femme sûre de moi, pas choquée par la question, et je tiens des propos fermes. Mais au fond, je ne fais pas la fière...

Un trajet chaotique.

C’était mon trajet de retour sur Yaoundé. Après une journée bien remplie, lors de laquelle je n’ai cessé, depuis 6h30, de marcher dans les bas-fonds et sur les pistes de brousse, en bottes, avec seulement mon petit déjeuner dans le ventre (manioc, plantain, sauce de je ne sais quoi – les restes de la veille), je rejoins le village le plus proche pour prendre un transport en commun. " Pour Yaoundé, montez là ". " Là ", c’est une toyota familiale 8 places dans laquelle on met 15 personnes+2 enfants+ les bagages et les régimes de bananes plantain ou je ne sais quoi. Ca, c’est normal. Mais ce qu’il y avait d’inquiétant, c’était l’état du véhicule : parechoc tenant à l’aide de 3 ficelles, porte coulissante qui ne coulisse plus, parebrise complètement brisé. Je monte quand même (attendre le prochain me fait risquer de voyager la nuit, ce qui est dangereux). L’inquiétant était à venir.

La toyota ne démarre pas. Des gens poussent et ça démarre... Sur les vitres de la voiture, une pancarte " A vendre "... A l’intérieur de la toyota, l’ambiance est sympa : on est très serrés mais on rit. On rit de ce véhicule complètement pourri " A vendre ", on rit de cette situation cocasse... 5 minutes plus tard, on retombe en panne. Les passagers descendent et poussent. Ca redémarre. 15 minutes. Nouvelle panne. On pousse. On redémarre. Le ciel menace. On est en brousse. Je n’ai plus d’unité sur mon téléphone. Il commence à pleuvoir. Re-panne. Les visages des passagers sont de moins en moins rieurs, ni même souriants. Chacun commence à avoir peur de passer la nuit en brousse sous la pluie. On est en pente. Le chauffeur laisse glisser le véhicule pour le faire redémarrer. Ca marche. Une femme s’exclame ‘le chauffeur est un vrai technicien : pour conduire ce véhicule, il faut vraiment avoir la technique !’. Des gens acquiescent. Le jeune chauffeur a certes acquis la technique pour faire rouler son tas de tôles, mais il se fiche pas mal de la sécurité de ses clients... Discussion entre les gens. Re-panne. Les hommes sortent et ouvrent un bidon de vin de palme. Gracieusement, on m’en offre. Poliment, je décline. Petitement (un mot camerounais), après 5 pannes, on arrive sur la grande route reliant Yaoundé. Nous sommes un peu soulagés. Mais, deux autres mauvaises surprises nous attendent. 1 : le véhicule n’a pas de phares (il fait nuit désormais). 2 : la chauffeur est mauvais. Il ne tient pas du tout les distances de sécurité et à peine son véhicule roule un peu mieux qu’il fait le malin en voulant effectuer un dépassement très dangereux. Dans la voiture, tout le monde crie, moi y compris. Le chauffeur se ressaisit. Je stress. Après la peur de passer ma nuit perdue en brousse sous la pluie, la peur d’avoir un accident de voiture et de finir écrasée entre deux tôles...

Petitement donc, on arrive à Yaoundé. Et là, nous sommes accueillis par les bouchons. Les bouchons, ici, c’est impressionnant : sur une route où il y a théoriquement la place pour 2 files, les africains parviennent à faire 5 files ! Klaxons ; voitures roulant dans tous les sens ; pluie... Et ce véhicule à la c..... qui retombe en panne ! ! Je veux sortiiiiiiiiiiiiiiiiiir ! " Non, attendez, il ne faut pas sortir maintenant, c’est dangereux avec toutes ces voitures. Attendez la fin de la colline et là, vous pourrez prendre un taxi qui vous emmènera chez vous ". Patience donc. Warning. (je rappelle qu’il fait nuit et que nous notre chère toyota n’a pas de phares)... Et le chauffeur laisse son véhicule glisser en arrière en espérant que les voitures vont nous laisser passer.... Le véhicule redémarre. Nous atteignons le haut de la colline, et, ENFIN, je sors, en rendant grâce à Dieu.

Là, tout va mieux, je monte dans un taxi 5 places dans lequel nous ne sommes que 7...

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Samedi 28 octobre 2006

Cette " histoire de gangster " s’est relativement bien terminée. La justice et les faibles ont triomphé ! Je n’étais malheureusement pas là le jour du dénouement, c’est-à-dire lors de la libération de Ndolo, mais je me suis beaucoup réjouie à distance (j’étais alors en mission à l’Ouest).

Pour répondre à certaines de vos questions : non, ce n’étais pas ma moto qui fut volée, mais la moto de Ndolo, un ami qui me donne des cours de moto et avec qui je roule le dimanche dans Yaoundé pour m’habituer. Ndolo est " taximotoman ", c’est-à-dire chauffeur de moto-taxi. Il fut victime d’un coup monté par un gars de son quartier, en qui il avait jusque là confiance. Ndolo lui avait prêté sa moto pour lui rendre un service urgent... Je vous passe les détails pour en venir au résultat : le vol de la moto.

Ndolo n’était pas propriétaire du véhicule (comme tous les chauffeurs de taxi). Il fut donc mis en cellule. Le propriétaire, qui était aussi policier dans le quartier où Ndolo fut emprisonné, exigeait que Ndolo rembourse la moitié du prix de la moto (prix neuf...) dans un premier temps, pour être libéré, puis la seconde moitié plus tard. Il a fallut que nous enquêtions pour mettre en évidence l’innocence de Ndolo et la culpabilité de l’autre gars. C’était une affaire très compliquée car beaucoup de personnages étaient impliqués dans la " chaîne de vol ". En plus, le commissaire enquêteur faisait très mal son travail.... Accord obscur... Corruption... Mauvaise volonté.... Rien que pour aller chercher les divers protagonistes afin de mener l’enquête correctement, le commissaire demandait de l’argent. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons voulu jouer clair, ne pas entrer dans cette corruption, mais nous avons dû utiliser notre propre voiture. Ici, si tu veux que le policier se déplace pour faire son travail, faut lui donner l’argent de sa bière et l’argent du pétrole...

Bref, je vous passe les détails.

Au final, nous avons obtenu que le propriétaire de la moto soit remboursé d’une partie du prix de sa moto (qui n’était pas neuve). Cette somme fut répartie entre Ndolo et l’autre gars. Mais grande déception : Ndolo a encore une dette. Ca, avec mon chef, ça nous a mis hors de nous. Au dernier moment, comme ni moi ni mon chef n’étaient là, ils ont réussi à encore gratter ! Sacrés enfoirés ! Ce n’est pas une grosse dette mais Ndolo n’a vraiment rien. Il nourrit sa famille (ses 6 frères et soeurs) avec rien. Alors comment extraire une telle somme de rien ? La date limite est le 12 décembre...

J’ai beaucoup appris de cette histoire.

Ndolo est quelqu’un pour qui ça vaut le coup de se battre.

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Mardi 10 octobre 2006
Me voilà impliquée dans une affaire qui me fait découvrir des côtés très sombres du Cameroun.

J’ai l’impression d’être dans un film policier. Tout y est : la victime innocente, orphelin et donc responsable de ses 7 jeunes frères et sœurs, enfermée avec 3 personnes dans une cellule de 12m², sans eau, sans lit ni même paillasse, sans lumière, sans fenêtre, à côté de laquelle est une autre cellule où sont enfermées les autres personnes impliquées dans le coup.
Les policiers qui ne pensent qu’à leurs bières et qui s’en foutent du reste.
Un policier qui est même complètement soûl et qui fait le pitre avec sa bière à la main. (Personne ne lui dit rien, certains rient même de lui).
Un gars très louche, très sombre, lui aussi enfermé, trahit par l’incohérence de ses récits. Il s’agit du gars qui a participé à monter le coup. Pas besoin d’être inspecteur gadget pour voir que ce gars est complice du coupable.
Un enquêteur et un inspecteur de police complices, corrompus au plus haut point, qui essayent de soutirer le max de pognon.
Une bande de jeunes du quartier, des amis de la victime qui ont essayé de réunir un peu d’argent mais qui le dilapident n’importe comment en tombant bêtement dans les pièges. Des gars pas très futfut mais pas méchants.
ne grosse dame impliquée dans l’histoire mais innocente. Des récits racontés dans un bureau miteux avec un fond de musique (à ma demande ils ont éteint le poste).
Mon chef camerounais, un ancien fonctionnaire qui connaît très bien les rouages camerounais, qui a l’habitude de traiter avec des mafieux mais qui est honnête et qui a accepté de s’impliquer dans l’histoire et de faire jouer ses relations par amitié pour moi.
Et une petite blanche qui complète le tableau. Elle « fait beau dans le décor », elle fait beaucoup d’efforts pour capter ce qu’il se passe (comprendre les histoires à la camerounaises, c’est très difficile) et hallucine complètement, elle se croit dans un film mais ce qui la tient à la réalité est son amitié pour la victime, qu’elle voit dans une situation atroce, prise dans un panier de crabes (ou plutôt de loups). Pour la victime, elle a préparé hier soir un peu de riz et de plantain. Elle fait ce qu’elle peut. Sa peau blanche lui permet certains égards : une chaise qu’on lui garde toujours, la porte blindée (qui enferme la victime) qu’on lui ouvre sur demande, une place à côté des grosses pointures, des gros loups crapuleux, pour lui permettre de suivre bien l’enquête. Elle veut la justice, c’est tout, et ne peut accepter que son ami, qui n’a rien fait, aille en prison avec les brigands parce qu’il a été victime d’un coup monté par des gens qui sont soi-disant ses amis.
 L’enquête, c’est elle et « son monsieur » qui la mènent, puisque l’enquêteur est lui-même compromis. L’histoire, abracadabrante à souhait. Une moto volée... un coup monté... Des fils qui, petit à petit, se dénouent. Progressivement, on découvre jusqu’où la pourriture va. A part la victime, on se demande s’il y a quelqu’un d’autre qui est innocent... Tous, absolument tous, paraissent louches. La petite blanche sait qu’elle ne peut rien seule, mais elle fait gaffe, elle est très attentive, elle apprend à ne faire confiance qu’à elle-même, qu’à ses propres oreilles et ses propres yeux.

Même dans les films on ne trouve pas meilleure intrigue et meilleurs personnages.

Demain, je retourne chez les loups. Je ne peux pas laisser l’agneau comme ça, si seul.

Ne vous inquiétez pas pour moi, je suis protégée.
Apparemment, ce n’est pas un coup monté contre moi (première hypothèse que moi et mes « protecteurs » ont eu). Ceci paraît clair (si on peut parler de clarté dans cette affaire...)...

Affaire à suivre...
par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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