Mardi 10 octobre 2006
Ce week-end fut riche en découverte. J’étais invitée au deuil de la tante de Karine, celle qui a fait mes tresses le week-end dernier (et qui est en train de devenir une amie pour moi). Elle m’avait demandée de venir la soutenir dans ce moment douloureux pour elle.
J’étais invitée à la phase finale du deuil, c’est-à-dire la veillée et l’enterrement le lendemain. En fait, le deuil a duré 15 jours. Cela veut dire que pendant 15 jours, le corps de la personne décédée était à la morgue et que la famille (au sens très très large du terme, environ 200 personnes) était réunie. Réunie pour quoi ? Pour quoi faire ? Pour être ensemble, faire des « causeries », des palabres, pour faire les courses, préparer à manger, manger, boire, pour préparer la veillée et l’enterrement. 15 jours est un délai qui permet à la famille qui vient de loin de bien profiter de son temps en famille. En temps qu’occidentaux, on peut se demander ce que les gens font la journée pendant tout ce temps du deuil (surtout que, en plus, ce n’est que la famille très proche qui peut aller voir le corps à la morgue pendant tout ce temps)... On Est Ensemble. C’est tout, c’est simple.
Travaillant la semaine, je ne pouvais que partager les moments du week-end.

La veillée est la nuit qui précède l’enterrement. C’est la « levée du corps ». On veille toute la nuit. Toute la famille (200 personnes) se retrouve pour causer, chanter et danser toute la nuit au son des balafons (instruments traditionnels, un peu comme un xylophone en bois). C’est très festif. On m’a expliqué que c’était particulièrement festif parce que la défunte était très « animatrice », bonne vivante, et que les balafons sont sortis que lorsque la personne a plus de 30 ans. C’est le jour-là que corps est sorti de la morgue et entreposé dans la maison, dans son cercueil, entouré de bougies et de fleurs. Les vieilles femmes (les « grands-mères ») veillent dans cette pièce. D’autres femmes sont à «  la cuisine », cad dans un coin dehors, et préparent à manger toute la nuit (pour le lendemain). Elles lavent et vident le poisson, plument, vident et coupent en morceaux le poulet, passent au grill un gros cochon (pour en griller les poils avant de le couper en morceaux pour le faire bouillir), coupent en tout petits morceaux les tomates et autres condiments pour les sauces et accompagnements divers, lavent et coupent les légumes (cad des feuilles de toutes sortes)...

Cette nuit-là, j’ai goûté pour mon premier bouillon de pattes et de têtes de poulet. On gardait les autres morceaux pour le lendemain. Je n’ai pas trop aimé la patte : à part la peau, il n’y a rien ! Par contre, la tête de poulet n’est pas si mauvaise. Je ne pensais pas qu’on pouvait manger une tête de poulet ! Heureusement, néanmoins, qu’il faisait nuit et que je ne voyais pas trop ce que je mangeais... Une tête de poulet, c’est un peu comme la tête de poisson : il y a plein d’os, mais entre les os, il y a un peu de chair. Ce qu’il y a de bon ou d’agréable là-dedans, c’est de décortiquer. On croque les os tendres, on décortique dans le bouche, et on crache le reste parterre. Les Africains ne jettent vraiment rien. Donnez-lui un poisson et un poulet et vous ne retrouverez que 3 petits os ou arêtes bien « propres » dans l’assiette (ou sur la table)! Maintenant que j’ai essayé, je comprends un peu le plaisir qu’on peut avoir à manger une tête de poisson : ce n’est pas seulement l’aliment, mais le jeu de sucer les arrêtes, les diverses parties de la tête, et de décortiquer tout ça. Sachez que beaucoup d’Africains préfèrent manger la tête du poisson que la queue.

Revenons au deuil. Il faut dire aussi que parmi tous ces gens, il y a aussi des profiteurs, des soûlards. Oui, il y en a qui, toute la nuit, à la place de prier ou de danser, préfèrent aller dans le bar du coin et boire de la bière. Et il y en a qui, tout ce qu’ils attendent, c’est qu’on leur donne bien à manger pour conforter leur estomac. Il y en a aussi qui sont sincères dans leurs peine, prières, échanges mais qui sont quand même complètement soûls au petit matin.
Bref. Je suis rentrée au lever du jour, à 6h du mat, pour me reposer quelques heures avant de revenir pour l’enterrement.

Je suis donc revenue à 13h. La messe (catholique) devait commencer à 14h. Elle a duré environ 2h. Ca se passait dehors. L’assemblée était répartie dans le « jardin », sur des chaises plastiques. J’avais mis mon cabat (une grande robe africaine que vous trouveriez horrible) et mes babouches (tongs dans notre français : c’est LA chaussure nationale) pour l’occasion. Il y a eu des chants, des lectures bibliques, des témoignages (les enfants de la défunte, des gens du parti politique dans lequel elle militait (le parti d’opposition à celui du président JP BIYA  – c’était donc une femme courageuse car c’est dangereux d’être dans l’opposition ici, ça ferme beaucoup de portes, à soi et à sa famille) etc, des prières... Un des moments que j’ai
Préférés fut lorsque l’assemblée, très nombreuse, s’est mise à chanter « Atalaé..... Onayobé.....  » et que j’ai pu l’accompagner. La prière du Notre Père était chantée par la chorale, l’assemblée de chantait que le refrain et j’étais vraiment heureuse de pouvoir être en communion avec tous ces gens. A ce moment-là, j’ai vu beaucoup de personnes me regarder d’un air étonné : La Blanche chanter en Ewondo le Notre Père !!!

Après la messe, ce fut l’enterrement, à l’arrière du jardin de la maison de famille. Ce fut alors de grands cris, de chaudes larmes, une femme s’est évanouie, mon amie Karine criait et pleurait toutes les larmes de son corps. Je la soutenais comme je pouvais. J’essayais qu’elle ne tombe pas. Les Africains, c’est comme ça, ils extériorisent beaucoup. Ils font sortir leurs émotions au lieu de les garder pour eux et que ça les ronge ensuite. Une fois que c’est sorti, hop, c’est fini, ça va mieux. Donc un fois le corps enterré, c’était l’heure de la bouffe et de la boisson ! Hop, comme ça, sans transition ! Et Karine, qui, 2 minutes avant, pleurait et criait, avait soudainement des préoccupations bien matérielles. Mais ne vous détrompez pas : ça ne veut pas dire qu’elle n’était pas sincère dans sa peine. C’est juste une manière d’être et de gérer ses émotions différente de la nôtre. Donc maintenant, l’objectif était de bien manger et de bien boire, et de mettre à l’aise ses invités. Il y avait 2 buffets. Les gens allaient à tour de rôle se servir et quelqu’un était à chaque buffet pour vérifier que les gens ne se servaient pas trop (dans ces occasions là, comme pour les mariages, il y a toujours des gens qui veulent se goinfrer, se nourrir pour la semaine, et qui dévalisent le buffet sans penser aux suivants, comme des gamins). Après les larmes, c’était l’alcool qui coulait à flot ! Il était 4h30 de l’après-midi. Les Africains n’ont pas d’heure pour manger. Ils mangent quand ils ont faim, et surtout, quand ils peuvent manger. Petite précision : il n’y a jamais de dessert, ou presque jamais.

Quand j’ai eu fini de manger, je vois des gens apporter une chèvre qu’ils tenaient en laisse. Les gens étaient là, en train de finir leur repas, et moi, mes yeux sont attirés par cette chèvre que 3 hommes couchent sur le sol, avant de l’égorger... Personne ne prenaient garde à cet événement : ça devait être complètement normal d’être à un enterrement en train de festoyer, de rire, de manger, de discuter, au milieu de 200 personnes environ, assises sur des chaises en plastique (louées pour l’occasion – il y a un grand marché de location de chaises ici du coup...) dans un terrain vague, et de voir une chèvre se faire égorger au milieu de tout ça. Quelques soubresauts, une flaque de sang et une tête de chèvre sur le côté... Tout le monde est content. Bon appétit. On m’a expliqué que les morceaux de cette chèvre seraient répartis entre les membres les plus proches de la famille, et que celui qui avait coupé la gorge de l’animal garderait le morceau des côtes. « Ah bon, ça se passe comme ça... Bon, très bien. Continuons à manger alors ». Je fais souvent comme si de rien était, comme si tout me paraissait normal, mais dans ma tête, j’hallucine. Je suis vraiment dans un autre monde ! Même les discussions des gens me font paraître dans un autre monde. Nous utilisons la même langue, mais les mots ont un sens différent, les préoccupations sont autres, la manière de voir le monde n’est pas la même. Ca m’arrive si souvent d’être avec des gens et de ne rien comprendre à la discussion ou à ce qu’il se passe alors que, théoriquement, je parle la même langue qu’eux ! Et ceci est encore pire au village !
Bref. Tout ceci pour vous raconter un peu comment se passe un deuil ici : comme beaucoup de choses, ça n’a donc rien à voir avec ce qu’on fait chez nous !

Ca fait plus de 15 jours que j’ai écris cet article. Ce week-end a eu lieu la dernière étape du deuil, ce qu’ils appellent les funérailles. J’ai assisté à cela sans l’avoir prévu, ça fait partie des bonnes surprises que me réservaient le Cameroun. Depuis, le Cameroun m’a montré ses mauvaises surprises, mais je reviendrai là-dessus plus tard. Terminons le récit du deuil.
Les funérailles, c’est une messe dite pour la défunte avec la famille mais en petit comité (environ 20 personnes) suivi d’un repas avec la défunte. Oui, j’ai bien dit, un repas AVEC la défunte. Les femmes avaient préparé de la nourriture (quelques mets que la défunte aimait beaucoup) qu’elles avaient déposée sur un plateau. Après la messe, dite à la maison par un prêtre espagnol, le cortège s’est déplacé jusqu’au tombeau (qui se trouvait dans le jardin). On devait manger et boire sur le chemin. On disait que l’esprit de la défunte était présent, que la défunte elle-même nous attendait à son tombeau pour prendre un dernier repas avec nous. Nous sommes arrivés devant le tombeau, quelque personnes ont fait des prières, des chants et on a mangé et bu en jetant aussi de la nourriture et des boissons (les boissons que la défunte aimait, à savoir du vin, de la bière-un peu- et de l’eau minérale tangui –avant de mourir elle ne buvait rien que de cette eau) sur la tombe. (Les tombes sont rarement recouvertes de marbre ici, la terre reste nue, ornée de quelques fleurs en tissu). J’ai demandé un verre d’eau, on m’a servi, j’ai donc pris une gorgée et j’ai jeté le reste sur le tombeau. Pareil avec la nourriture : on mange quelques bouchées de sanga ou autre et on jette le reste sur le tombeau. On y a aussi versé du vin, abondamment (elle devait beaucoup aimer le vin cette dame !). Ensuite, on a chanté. L’ambiance était festive, même si on voyait que le gens avaient le cœur gros. La dame aimait la fête, l’ambiance, il ne fallait donc pas pleurer car sinon, on allait lui gâcher son repas (véridique, c’est ce qu’on m’a dit). Puis le cortège est reparti, et nous avons mangé et bu (en quantité cette fois !), au son d’un match de foot à la télé (les Camerounais sont très friands de foot)...
par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Mardi 19 septembre 2006

Quoi de neuf par ici ?

 

Me voilà physiquement changée. J’en avais marre de ma tête et je ne savais plus quoi faire de mes cheveux. J’avais depuis longtemps envie d’avoir les cheveux très longs, jusqu’aux fesses, comme les princesses... Alors ce week-end, une amie m’a tressée. Me voici donc la tête couvertes de très longues « rastas » (c’est comme ça qu’ils appellent les petites tresses ici) ! Moi qui voulait changer de tête, je suis satisfaite ! Je m’aime bien comme ça, et il ne me reste qu’à apprendre à me faire des nouvelles coiffures. Mon amie a bien fait son travail : je n’ai pas eu mal pendant la confection et je n’ai toujours pas mal. Ca a duré plus de 9h en tout, étalées sur 2 jours : il fallait ça pour tresser ma masse de cheveux et faire des petites tresses.

 

Sinon, le moment où je prendrai ma moto pour aller en brousse approche à grands pas. Ma moto est en bas de chez moi, immatriculée, j’ai un bon casque (Christophe a préféré payer un peu plus cher mon casque et éviter les casques chinois dont la qualité est douteuse...) et j’ai enfin mon permis moto (il a suffit de payer et d’attendre....). Ca fait 2 dimanches que je roule avec mes collègues et un chauffeur de moto taxi (on les appelle les « mototaxisman » qui nous donne des cours. (Pourquoi le dimanche ? Parce qu’il y a moins de circulation...). Les clès de la moto sont sur ma table : il ne me reste plus qu’à coller un autocollant du projet et de l’Union Européenne (notre principal bailleur) et à prendre mon courage à deux mains pour sortir dans les folles rues de Yaoundé. Je me laisse encore un dimanche pour m’habituer... A partir du moment où je roulerai en moto, mon ange gardien aura deux fois plus de travail pour me protéger : j’espère qu’il ne va pas s’épuiser et me laisser tomber ! En tout cas, jusque là, il faut un très bon travail. Merci à ceux d’entre vous qui l’encouragent, je suis certaine qu’il vous écoute.

 

A part ça, je suis impatiente de retourner à Messeng et Ottotomo, les 2 villages dans lesquels on travaille pour l’instant. On a un problème technique en ce moment[1], qui explique pourquoi nous n’y allons pas. L’ambiance, la vie et les gens de ces villages me manquent ! Il me tarde de remonter derrière le pick up avec eux, de passer des soirées à bavarder (et à les écouter, autour de la lampe à pétrole), de respirer l’air de la forêt, d’écouter les oiseaux, de regarder les lucioles voler dans la nuit, de marcher dans les champs de cacao, de bananes, d’arachides, de manioc, d’ananas, et même de marcher dans la boue des bas-fonds... On est allés dans d’autres villages, en reconnaissance, mais ce n’est pas pareil de rester une journée avec des nouvelles personnes et de rester plusieurs jours avec des gens avec qui on a déjà commencé à tisser des liens (si jeunes soient-ils). Enfin, tout ceci devrait bientôt se résoudre...

 

Je vous embrasse tous bien fort.

Merci pour vos commentaires, vos mails, vos pensées, vos prières.



[1] Pour ceux que ça intéresse : nous attendons une livraison de France : des lunettes topographiques, appareils qui nous permettent de mesurer le dénivelé d’un Bas-Fond, étape indispensable dans la confection d’un étang piscicole.

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Mardi 19 septembre 2006

On a tous plusieurs visages.

Moi aussi.

Dès fois, je m’étonne moi-même et je ris de moi !

 

A Yaoundé parfois, me voilà prendre le visage de la « riche blanche » qui fréquente les « hauts lieux » et les « personnalités » de la capitale. Je frôle alors le monde des expats, intéressant à découvrir et agréable pendant un cours moment. La semaine dernière, j’étais ainsi à l’hôtel Hilton, pour prendre un cours de squash. Etant privée de crapaütage dans les bas-fons, il fallait bien que je me « décrasse » et que je fasse sortir mon l’énergie... Eh oui, maaaadame Audrey à l’hôtel Hilton en train de faire du squash... L’hôtel Hilton est le plus chic de Yaoundé. C’est le monde de stars, des fortunés. J’entre là-bas avec mon sac à dos... Et je suis étonnée : personne ne me demande qui je suis et ce que je viens faire là. La blancheur de ma peau suffit à faire de moi une personne honnête, inoffensive, sans arrière-pensée. Je pénètre les beaux salons, traverse le jardin avec la grande piscine jacuzzi, passe devant les grands bars, les gens me sourient... « bonjour Madame »...

Bon, avec mon heure se squash, j’aurais pu me payer 4 repas au village mais je me suis bien amusée ! Et je vais même recommencer !

Samedi soir, j’ai de nouveau fréquenté le milieu des riches expats. J’étais invitée à un dîner chez un conseiller d’un ministre. Autour de la table, que du beau monde : hautes personnalités de l’Union européenne, de ministères, du fond canadien au développement, de grandes entreprises d’exploitation du bois. Que des blancs... presque que des désabusés du développement... Il faudrait que je les emmène au village ! Ces personnes-là ne voient pas la réalité du terrain. Malgré mon jeune âge, ma petite expérience, mon statut de volontaire, je me sentais bien et j’ai passé une bonne soirée. Les discussions étaient vraiment intéressantes, le vin était bon et coulait à flot, et ça m’a fait du bien de manger une bonne tartiflette ! Je ne pensais pas me sentir bien avec ces gens-là. Certains sont racistes et tiennent des propos hallucinants. Il y avait une femme comme cela. Ses propos m’ont fait très mal pour le peuple africain. Oui, il existe des « blancs » comma ça. Bon, il faut dire qu’elle venait de se faire agresser et qu’elle a vu des choses horrible en République Centre Africaine lors de la guerre dans les années 2003 (il s’est passé là-bas un peu la même chose qu’en Côte d’Ivoire : racisme contre les blancs, grandes violences contre eux etc). Les autres étaient pour la plupart désabusés mais sympathiques, bons vivants, cultivés, intéressants. En fait, dans mon immeuble habite un gars du MAE (ministère des affaires étrangères) qui travaille avec le SCAC (un fond français au développement) en gros. C’est lui qui m’avait invitée. Dans un pays comme le Cameroun et en plus dans le domaine du développement, il est bon d’avoir des relations de la sorte. Surtout quand le budget du projet pour lequel tu travailles n’est pas complètement bouclé... Oh, puis, dès fois, ça peut faire plaisir de jouer pretty woman, de monter dans des beaux 4*4 flambants neufs, de nager dans une piscine privée, de pénétrer dans des beaux salons, de bien manger, de boire du bon vin, de parler politique, de reprendre les belles manières de la table...

 

Il faut bien que je fréquente un peu ces milieux car à force de manger avec mes mains, de cracher les arrêtes du poisson parterre et de me triturer les dents avec un cure-dent (chose très courante ici), je risque d’oublier toutes les belles manières que m’a enseignées avec tant de mal ma maman !

Inutile de vous dire que, même si cette soirée m’a fait plaisir et que je suis quelque part flattée que de telles personnalités aient mon numéro de tel dans leur tel perso, qu’ils puissent m’inviter à des barbec ou à la chasse, qu’ils soient prêts à me prêter leur chaîne hi-fi et des DVD en leur absence, je préfère largement la simplicité et l’authenticité du village, le cœur de l’Afrique.

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Mardi 19 septembre 2006

Les camerounais ou les camerounaises m’étonnent toujours dans leur manière d’être et dans leur mode de « gestion » des relations sociales.

Ils m’étonnent aussi par leurs « trucs et astuces ». Savez-vous qu’on peut voir si un pantalon nous va en enroulant le haut du pantalon autour de son cou ? C’est ce que j’ai appris aujourd’hui, en allant au marché avec des amies camerounaises. Au marché, bien sûr, il n’y a pas de cabine d’essayage, mais on se débrouille très bien sans (même pour acheter un pantalon, ce qui est le plus difficile à acheter sans essayer). Aujourd’hui, j’ai donc fait confiance à mes copines, en étant très sceptique. Je les aies laissé m’enrouler le pantalon qui m’intéressait autour de mon cou, apprécier la forme et la longueur.... Et résultat : le pantalon me va super bien ! !

En allant au marché avec elles, j’apprends plein de choses. J’apprends à prendre un air désintéressé et négligeant avec les vendeurs, à indiquer en un clin d’oeil ce qui m’intéresse à mes amies, pour les laisser négocier pour moi... A ce moment-là, j’observe. Je suis très attentive. C’est tout un mode d’être que je dois apprendre ! Pas facile d’être camerounaise sans l’être. Il me faut trouver des tas d’équilibres tout en gardant le mode d’être français (car sinon, ça ne fait pas naturel et ils n’apprécient pas non plus). Avec les hommes, j’apprends à être ferme, nette, franche, tout en restant douce, polie et souriante. Ce n’est pas facile, je vous jure. Si je suis trop sèche, voire, comme les camerounaises, insolente, les camerounais me le reprochent alors et me disent que ça ne me va pas d’être comme ça... Ce qui est sûr, c’est qu’il faut être cool, calme et un poil négligente en toute circonstance.

Tout un apprentissage...

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Mercredi 23 août 2006
Bambankiri  !

La vie au village me permet de découvrir une autre facette du Cameroun. Je découvre aussi la pauvreté et la lutte pour la vie car les paysans avec lesquels on travaille ont moins de un dollar par jour pour vivre, ça c’est sûr.
Souvent, je mange et je dors là-bas : outre que cela facilite le travail, cela permet de vivre avec eux, d’échanger, de tisser des liens plus forts. Ceci se fait au détriment du confort, de la peur de tomber malade ou d’attraper le paludisme. Il est très difficile de dormir sous moustiquaire et de boire de l’eau dont on est sûr qu’elle soit vraiment propre (c’est de l’eau de forage, ce qui est quand même mille fois mieux que l’eau de marécage...).
Pour la nourriture, c’est bon en général, mais il ne vaut mieux pas penser aux conditions dans lesquelles les mets sont préparés... ou être pointilleux sur l’hygiène... Il ne faut pas être exigeant non plus et ne pas être surpris de trouver des chenilles dans son assiette... ou de la vipère...ou de l’escargot (sachant qu’au village, les escargots sont gros comme mon poing). Au moment des repas, ma « terreur », ce sont les chenilles (il y a notamment une sorte que je redoute plus que tout, ce sont les larves de raphia, qui se présentent comme de mini bonhommes michelin, en blancs et jaunes... Un jour, tous fiers, ils me montrent ce qu’ils vont me préparer, ils me tendent un seau et je sursaute d’horreur : le seau était plein de larves de raphia qui grouillaient ! ! Rien que d’y penser, ça me dégoûte encore. Heureusement, Christophe, mon chef de projet, est venu à mon secours ce jour-là au moment du repas : il a su trouver les bons mots, être habile et j’ai plus décliner leur offre sans trop les choquer. Ceci dit, il faudra bien que j’en mange la prochaine fois. Grillé, comme ils le font, ça ne doit pas être si mauvais...).
Les toilettes sont des latrines, cad un trou dans une cabane, et le papier toilette est des feuilles très douces. La douche, c’est un seau d’eau (qu’on va chercher au puits) dans le jardin. La cuisine, c’est une immense pièce dont les murs sont (comme les murs des maisons) en terre et en paille, dont le sol est nu (terre rouge). La cuisinière, c’est un feu de bois sur le sol. Les femmes restent des heures dans cette cuisine à préparer les repas (couper le manioc, le macabo, le plantain, piler les arachides avec la pierre pour faire de la sauce...), moi je ne peux y rester plus de 5 minutes quand le feu tourne à plein régime car ça me pique les yeux et ça me fait pleurer...
Au village, on est en plein dans la forêt « amazonienne ». La nature, bien verte, est très belle, très colorée, et dégage mille odeurs délicieuses. Par contre, la belle cache bien son jeu car elle sait aussi être dangereuse. Il ne faut donc pas se laisser tromper par ses charmes... Un jour, alors que j’allais dans un site (pour aller dans les sites on fait des kilomètres dans la forêt), les quelques paysans devant moi se mettent à courir soudainement. Je ne comprends pas trop pourquoi donc je maintiens mon rythme de marche rapide, jusqu’à ce qu’on me crie « Cours Audrey !». J’obéis, je cours, sans savoir pourquoi. Lorsque les gens ralentissent, je ralentis. Et on me dit « N’as-tu pas vu les fourmis lorsqu’on marchait ? ». Je réponds que si, bien sûr, j’avais vu toutes ces fourmis qui marchaient, bien alignées, sur le chemin. Et on me dit : « Mais ce sont des fourmis mania, elles sont mortelles !! » Et on rit de moi... Mais pour moi, les fourmis, c’est un des trucs les plus inoffensifs au monde ! Vous courririez vous, en voyant des fourmis ?
Maintenant, j’ai appris à reconnaître les fourmis mania. Effectivement, à y regarder de près, elles ont des crochets et sont impressionnantes. Organisées d’une façon exemplaires. Les fourmis « classiques » ont des gardes qui sont deux fois plus grandes qu’elles, qui ont des crochets deux fois plus gros et qui sont capables de se mettre debout pour faire passer le cortège afin de le surveiller, le protéger et de veiller à ce que les fourmis soient bien alignées et ne s’égarent pas. Je pourrais passer des heures à regarder ces fourmis à l’oeuvre : c’est passionnant ! On peut les regarder sans danger : elles ne mordent que si on leur marche dessus (néanmoins, au bout d’un moment, elles sentent notre odeur, ce qui provoque la panique à bord...).
Dans les villages, les paysans manient la machette comme je manie le stylo... Marchent dans la forêt et dans la boue dans des chaussures trouées comme je marche en ville en petites chaussures...
Je rie de moi-même, de mes débuts, mais je m’adapte et j’apprends vite. Je marche de plus en plus vite dans la forêt et je m’enfonce de moins en moins dans la boue ! Je ne marche jamais devant car je sais que si on croise un serpent, ils le tueront avant même que je le voie... Les conditions de vie ne me dérangent pas vraiment, mais j’avoue que je suis contente lorsque je rentre chez moi et que je retrouve mon petit confort (au début, je trouvais mon appart un peu « spartiate » et puis maintenant que je connais les conditions de vie ici, même pour les gens en ville, je trouve que je vis dans le luxe ! Vous imaginez : un frigo avec un petit congel, une douche, des vrais toilettes, une gazinière, un lit deux places, des tas de placards, une table : le vrai luxe !! (même si qq placards ne ferment pas, que le sol et les murs sont abîmés et un peu crasseux, que ma table est tâchée de tâches de peinture, que ma douche n’a pas de rideau, que ma lunette de wc est cassée et me glisse des fesses lorsque je me lève la nuit et que, la gueule dans le pâté, j’ai une envie pressante, que la gazinière est bancale etc).
Les paysans sont très accueillants, généreux et attentionnés. Les femmes nous préparent toujours de bons repas, au mieux qu’elles peuvent, les hommes sortent le vin de raphia (malheureusement pour moi cette boisson me donne envie de vomir ! C’est atroce, je vous jure ! Ils récoltent la sève de l’arbre raphia et la font fermenter quelques heures... Par contre, j’aime bien l’odontol. C’est du vin de raphia distillé, à 45°C au moins... Pour distiller le vin, ils le font bouillir dans une énorme marmite (toujours sur le feu de bois par terre), mettent des tubes sous le couvercle (qui reposent dans une bassine trouée d’eau froide), bouchent avec un pâte de bananes plantains écrasés pour rendre le truc hermétique, et mettent au bout des tubes des petits bouts de coton pour filtrer le liquide qui sort. L’odontol est alors recueilli dans un bidon, c’est prêt !).
Je disais donc qu’ils étaient attentionnés. La première fois que je suis allée dans une latrine, je vois, à travers les planches, une petite fille s’approcher et, instinctivement, je crie « c’est occupé ! » (ce qui est complètement idiot car vu comme je suis observée au village, tout le monde avait bien remarqué que la blanche était allée aux toilettes...). Elle me tend un cahier. Je le prends, sans comprendre. Quand je ressors et que je demande à ma collègue camerounaise pourquoi, d’après elle, la petite fille m’avait donné le cahier, j’apprends que la petite (ou sa mère) ont eu la délicatesse de m’apporter du papier pour m’essuyer en pensant que je ne remarquerais pas les douces feuilles posées à côté du trou... Cette délicatesse m’a touchée, sincèrement. Une autre attention est de me faire chauffer de l’eau pour que ma « douche » soit plus agréable. Mais maintenant, je leur ai dis que c’était très gentil mais que je pouvais me laver à l’eau froide sans problème : ça met tellement de temps de chauffer l’eau et surtout, ça leur coûte de l’argent et de l’energie (l’argent du bois que les femmes vont chercher en brousse et qu’elles ramènent sur leurs dos ou leurs têtes). Aussi, j’ai le privilège d’utiliser la première le seau d’eau pour la douche. (oui, car on utilise moins d’un seau et quand on vient après, l’eau est déjà moins propre, un peu savonneuse...).
Les paysans sont extrêmement généreux. Moins on a plus on donne c’est bien connu. Ils ne nous laisse jamais partir de chez eux sans nous donner quelque chose. Au pire, s’ils n’ont vraiment rien, ils vont nous chercher un ananas ou des bananes dans leur champ. Ce qui me fait bizarre, c’est de les voir ouvrir pour nous une brique de vin rouge : ça coûte très cher pour eux... ou aller chercher une boite de n’importe quoi juste pour nous donner un truc en partant. J’ai maintenant chez moi un pot de petits oignons dont je ne sais quoi faire mais que je sais avoir été le dernier trésor de la cave du chef de village d’Ottotomo... Je n’oublierai jamais tous ces petits gestes et cette générosité.
Suite au prochain numéro !
par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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