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Mercredi 16 août 2006

Bonjour!

J’en suis maintenant à mon deuxième mariage puisque j’étais invitée à un mariage camerounais ce week-end (la soeur de ma collègue Arlette). Je peux donc tirer quelques conclusions, même si je suis consciente que ce mariage était bamiléké, une ethnie de l’Ouest, et qu’un mariage peut différer un peu d’une ethnie à l’autre.

 

Le mariage est d’abord une union entre deux familles, qui est célébrée lors de la cérémonie de la dot. Celle-ci se déroule en plusieurs fois et le marié doit réunir tout ce que sa belle famille exige (de l’argent, une chèvre, du sel, du riz et je ne sais quoi – mais ça coûte cher, trop cher pour les plus pauvres, qui ne se marient pas à cause de cela). C’est à la dernière cérémonie de dot à laquelle j’ai assisté. Il s’agit d’une vraie pièce de théâtre totalement improvisée où le marié est mis à l’épreuve et où il (et sa famille) est une dernière fois très sollicité pour donner de l’argent à sa belle famille. Des personnes-clés dans le lignage vont se lever et lancer une diatribe à l’attention du marié ou de la famille opposée pour le (les) faire réagir (et rire car cela n’est pas sérieux). Exemple : un groupe de femmes mime un train et disent qu’elles apportent la mariée. Elles font le bruit du train, sont positionnées en wagons, avec une femme voilée au milieu(représentant la mariée qu'on apporte et que la belle famille doit pouvoir authentifier, même voilée). On entend tout ça de dehors (car les gens sont dans une pièce).... Et tout à coup on entend des cris : les femmes disent que le train a déraillé, qu’il faut aller chercher je ne sais qui et donc payer.... On paie, le train repart... tchoutchou... Et on entend de nouveau des cris : cette fois-ci, ce n’est plus le train qui déraille mais une vache qui se trouve sur le chemin du train ! On ne peut plus avancer... Il faut encore payer pour dégager la vache...  Ces petits « sketch » sont complétés par des chants. Les femmes des deux familles entonnent des airs qui flattent leur famille ou leur territoire propres. Le chef de la famille de la mariée (l’héritier du grand-père mort –qui avait 20 femmes d’ailleurs) était aussi très présent. Mais c’était surtout les femmes qui créaient l’ambiance. Je vous dis, elles font tout en Afrique ! La cérémonie de la dot se termine par l’échange de noix de cola entre la mariée et le marié, et par la boisson du vin de raphia (la boisson la plus infecte que je n’ai jamais bue... mais chhhhut). Ces derniers gestes scellent vraiment l’union, pour la vie, des deux familles et des mariés. La mère de la mariée m’a, à ce moment, dit, que ça y était, l’union éternelle était faite, que la mairie et l’église étaient des détails à côté de cet échange de noix de cola machée par chacun des conjoints. Toute cette cérémonie est en langue locale. C’était frustrant mais j’ai pu un peu suivre grâce aux traductions d’Arlette, la soeur de la mariée.

Outre les traductions, Arlette m’a permis de comprendre ce qu’il y a derrière les apparences. La fête, que ce soit la cérémonie de la dot, la mairie, l’église ou la fête du samedi soir (à l’occidentale) cache beaucoup de rivalité entre les familles. Un rien fait l’objet de ragots dans les familles. Très souvent, la mariée est mal acceptée dans la famille du marié : elle est vue comme une rivale. Les belles-mères sont une peste pour le nouveau foyer. Chez nous, on dit ça en plaisantant, mais apparemment, c’est très vrai ici. Chacune essaie de mettre son grain de sel, critique, créé des problèmes... Souvent, la famille du marié met la mariée à l’épreuve (une fois mariée bien sûr) : elle a intérêt a bien savoir cuisiner et à être très soumise, que ce soit à son mari ou à sa belle famille ! Sinon, bonjour les ragots et les problèmes ! Oui, derrière les chants, la fête, les couleurs, l’abondance en nourriture et en boissons, il y a bien des aspects brumeux... 

La société camerounaise est pleine de codes sociaux. Il faut donc être très prudent, attentif, humble, à l’écoute, tout en étant à l’aise, ouvert et, surtout, soi-même. Un équilibre tendu que je crois avoir assez bien trouvé ce week-end. Ce qui m’aide est ma curiosité, ma gourmandise et mon amour pour le chant et la danse. La danse, surtout : ici, c’est l’élément clé. C’est elle qui m’a surtout permis de réussir mon intégration. Je me suis même fait invitée par le chef de famille de la mariée et par le père de la mariée, deux personnages-clés du lignage ! J’étais très fière... Qu’ils viennent danser avec moi était le plus beau compliment qu’on pouvait me faire. Ceci dit, ce n’est pas facile à assumer d’être la seule blanche dans un mariage camerounais. J’étais tout le temps regardée, épiée. Je suis sûre que, à la fin de la fête, nombreux étaient à pouvoir dire exactement ce que j’avais mangé, combien de verres de vin j’avais bu, si j’avais bu une bière ou un soda après le repas, avec qui j’avais dansé, combien de fois, de quelle couleur était le paquet que j’avais apporté aux mariés etc. Oui, il faut savoir assumer tout cela, laisser les regards glisser sur soi, être soi-même et montrer que l’interculturel est possible, qu’une blanche peut danser le bicoutsi et manger le n’dolé...

 

Il faut que je vous parle des sermons. Le maire à la mairie comme le pasteur à l’Eglise faisaient des sermons dans lesquels ils donnaient plein de conseils aux mariés, à la manière de pères. Ces deux hommes ont beaucoup parlé de la fidélité (qui est extrêmement rare ici). Ils soulignaient son importance, pour éviter, notamment les maladies sexuellement transmissibles. Ils ont aussi rappelé ses devoirs à la mariée, dont le premier est de nourrir son mari ( ! ! ! !). Le pasteur a dit au mari que si un soir il rentrait chez lui sans trouver le repas prêt, il devait se mettre devant la télé et attendre sagement. Si ça ne venait toujours pas, il ne fallait pas demander d’explication à sa femme mais aller se coucher sans rien dire. (car si la femme ne peut pas respecter son premier devoir, c’est qu’elle a une bonne raison, il ne faut pas l’accabler en plus...) Le maire (ou le pasteur je ne sais plus) a dit à la femme de se faire une petite cagnotte en cas de disette. Comme ça, dans les moments difficiles, elle peut aller acheter le savon ou le sel pour la famille sans demander quoi que ce soit à quiconque. Dans ces moments-là, a-t-il rappelé, il ne fait surtout pas aller chez les voisins pour demander de l’aide (question de fierté) : ils nous rendraient le service demandé, mais cela ouvrirait une grande porte aux ragots, qui pourraient pourrir le mariage et même les familles... (La solidarité existe bien en Afrique, elle permet à des milliers de gens de vivre ou survivre, mais elle est INTRAFAMILIALE). Le maire a bien sûr rappelé l’article 135 : l’homme est le chef de famille, il choisit le lieu du foyer ; et la femme doit tenir le foyer, éduquer les enfants, épauler son mari pour subvenir aux besoins économiques du foyer etc etc et j’en passe.

Bref, deux conclusions : 1 : les discours des maires et des pasteurs lors des mariages sont hallucinants. C’est très drôle, ou triste – notamment pour la femme, ce qui me fait ma transition pour ma conclusion 2...  2 : Heureusement que je ne suis pas une femme africaine ! !

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Samedi 5 août 2006

Depuis mon dernier article, que de choses se sont passées ! Mon emploi du temps commence à être bien rempli et je suis de plus en plus à l’aise avec le mode de vie africain.

 

 

Je reviens de quelques jours passés dans le Nord du pays. Oui, j’ai vu la brousse africaine ! Avant, j’ai pu découvrir l’Est puisque je suis allée avec Christophe dans cette région (Bafoussam en est la ville principale), où nous allons travailler. J’ai fait aussi un passage éclair dans le sud Ouest, à Douala (la capitale économique du pays), pour un mariage franco-camerounais. J’ai donc déjà pas mal vu le pays !

 

 

Je vais essayer de vous raconter un peu. Ce sera fouilli, comme à mon habitude…

 

 

Le Cameroun est un pays extrêmement varié. Le Nord est une région à majorité musulmane, avec des ethnies autres que celles du sud : les gens sont donc physiquement différents et ont d’autres habitudes. Les paysages sont plus secs, c’est la savane. C’est au Nord que se trouve le parc national de waza où on peut voir des lions, des girafes, des hippopotames, des yen et de multiples autres animaux. Comme c’est la saison des pluies, nous n’avons pas vu beaucoup d’animaux, mais surtout des girafes (des troupeaux entiers) et des oiseaux de toutes sortes. L’avantage d’aller dans cette région en saison des pluies, par contre, est que les paysages sont plus beaux car plus verts. En saison sèche, c’est désertique.

 

 

Pour aller dans le Nord, nous avons voyagé 48h aller et 48h retour an gros : une nuit de train et un jour de bus par trajet. Je commence donc à connaître les transports africains ! Quelle aventure ! J’aime beaucoup voyager car c’est vraiment une rencontre avec l’Afrique. Outre les paysages qui défilent, on est avec les gens, on partage les même problèmes, on les voit vivre, on vit avec eux…

 

 

Les trains sont assez rares ici, mais celui dans lequel on était m’a agréablement surpris. Ma couchette était plus grande qu’une couchette française et les toilettes ne sentaient guère plus mauvais que les toilettes de la SNCF. Par contre, on est très remués et on va lentement : pour faire 650 km on a mis 18h (normalement, c’est 14h…). Si on est dans un compartiment avec une famille africaine, il ne faut pas s’étonner à voir la femme sortir une grande marmite et distribuer la potée à la marmaille…

 

 

A chaque arrêt, que ce soit en train ou en bus, des enfants et des femmes essayent de vendre des tas de choses qu’ils portent sur la tête (des bâtons de manioc, des bananes plantin, du poisson séché, des biscuits, des beignets, des mouchoirs, des habits, tout quoi). Ils sont prêts à courir derrière le bus pour essayer de gagner 1FF. Les enfants essayent de récupérer les bouteilles en plastiques vides, qui sont ensuite remplies avec de l’huile de palme, des arachides (cacahuètes fraîches) ou autre. C’est impressionnant de voir ces enfants si nombreux le long des routes qui, en voyant le train ou le bus, crient « bouteilles vides » « bouteilles vides » pour qu’on leur en lance… Ils ne demandent pas de l’argent ou à bouffer, non, ils demandent des bouteilles vides…

 

 

Les enfants m’impressionnent beaucoup. Ils sont très beaux. Leurs yeux sont perçants, ce sont des yeux d’adultes, très marquants. C’est impressionnant de les voir si petits porter des choses si lourdes sur leurs têtes. Ils sont en outre extrêmement sages. Dans un bus avec 10 enfants, qui roule pendant 8h, on n’en entend pas un broncher, faire un caprice ou réclamer quoi que ce soit. Les enfants européens ont l’air bien capricieux à côté ! Les femmes me rendent admirative également. J’ai l’impression qu’elles portent l’Afrique. Elles bossent dur. Outre le travail des champs (bêcher, désherber avec des outils très rudimentaires) ou le travail en ville (faire braiser du poisson par exemple), elles sont responsables de la tenue du foyer (cuisiner est une tâche beaucoup plus lourde que chez nous puisque absolument tout est fait à la main puis cuit au feu de bois sur la terre comme je vous ai déjà expliqué) et de l’éducation des enfants. Elles semblent se satisfaire de leur condition, ne réclament rien, tout en restant dignes, coquettes, généreuses. Ce statut de la femme est clairement inscrit dans les lois : c’était explicite dans les textes lus à la mairie et à l’église lors du mariage auquel j’ai assisté. L’homme est le chef, c’est sa « seule » tâche. La femme, elle, fait tout le reste : travaille, tient le foyer, éduque les enfants etc, le tout en se soumettant à son mari, qui peut avoir plusieurs femmes d’ailleurs.

 

 

Sinon, j’ai commencé à travailler et à rencontrer les paysans avec lesquels on fait le projet de pisciculture. J’ai plein de choses à vous raconter concernant ce sujet d’ailleurs mais je vais m’arrêter là pour ce soir.

 

 

Je pense bien à chacun de vous.

Vous m’excuserez pour ne pas vous écrire souvent personnellement mais la connexion internet est très lente. En plus, je ne peux pas rentrer chez moi après 18h30, à l’heure du coucher du soleil, pour des raisons de sécurité, ce me laisse très peu de temps après le boulot. Et en outre je suis très souvent en déplacement dans les petits villages dans lesquels on travaille…

J’espère que ce système de blog vous convient et que ma manière d’écrire, même si c’est un peu fouillis, vous convient aussi. Comme je n’ai pas trop le temps, j’écris un peu comme ça vient…

N’hésitez pas à réagir !

 

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Mardi 18 juillet 2006

Ce week-end, j’ai rencontré de près la culture camerounaise.

 

Une fête camerounaise

 

Samedi, j’étais à une grande fête organisée pour plusieurs baptêmes et communions. A la fête, c’était Marie-Pascale, la meilleure amie d’Angèle, qui m’avait invitée. 200 invités (seulement la famille bien sûr), bière coulant à flots, sodas divers aussi (et même vin !), nourriture à profusion… Les Africains, ils voient en grand ! La messe a été célébrée dans la maison. Les chants étaient très beaux. Malheureusement, ceux-ci ainsi que le sermon étaient en eondo, le dialecte de la région de yaoundé. Je n’ai donc rien compris ! J’avais qd même les yeux tout écarquillés. J’étais la seule blanche et tout est tellement nouveau pour moi…

 

La cuisine camerounaise

 

J’ai passé un long moment dans la cuisine avec les femmes qui terminaient de préparer le repas. Elles cuisinent dans de grandes marmites, à même le sol, où elles font aussi le feu (bois et charbon) pour cuire les aliments. Elles passent des heures à cuisiner, font tout à la main, avec de grands couteaux. Je crois que ma curiosité et ma gourmandise sont appréciées, ça me permet d’entrer de façon vraie en relation avec les gens. Elles m’expliquent avec joie les plats, les ingrédients, la confection, veulent que je goûte à tout (ce que je fais avec plaisir bien sûr)… Ma première mauvaise impression de la cuisine camerounaise est vite passée : je me suis régalée tout le w-end ! J’évite les bâtons de manioc, c’est tout. Pour les râgouts d’herbes, ils sont nombreux et différents : certains sont vraiment bons. A mon grand plaisir, ils mangent souvent du poisson ici, différentes sortes et cuits de façons diverses. Et il a tellement plus de goût qu’en France ! A la fête de samedi, il y avait aussi de la chèvre, du poulet, du porc… C’était vraiment l’abondance.

 

« L’enfant blanc »[1] qui danse

 

 

Après le repas, on a dansé. Au bout d’un moment, j’ai rejoins la piste de danse. Et là, j’ai senti tous les regards se braquer sur moi ! Jusque là, pourtant, ça allait, les regards étaient plutôt discrets. Mais lorsque je me suis mise à danser… Ils sont devenus très curieux. Tant pis, j’ai assumé, j’ai pris le risque de ressembler à un pingouin dans cette ambiance festive rythmée par la musique du continent et les couleurs vives des tenues africaines. J’ai laissé mon corps s’imprégner de l’ambiance et ne pas s’embarrasser des regards. Et j’ai eu raison, car non seulement je me faisais plaisir mais en plus la danse m’a permis de mieux m’intégrer ! Plusieurs femmes, à des moments différents, m’ont fait des signes ou m’ont dit des mots pour me signifier que je dansais bien, que j’avais le rythme dans la peau ! Quel plaisir ça m’a fait !

 

Les hommes camerounais

 

Les hommes n’ont pas été trop lourds, car j’étais bien encadrée par Marie Pascale et sa nièce Mireille. Quelques fois cependant, quand elles avaient le dos tourné et que je me retrouvais seule, des gars essayaient de me chatter ou me faisaient des clins d’œils … Et dès qu’elles revenaient, hop, ils disparaissaient ! De vrais gamins ! Ici, on sent que c’est la femme qui dirige (en sous-main bien entendu)… Avec Mireille et un homme, on a eu une grande discussion sur le sexe. L’homme expliquait « l’art de l’amour » et se vantait de ses succès avec les femmes, du plaisir qu’il leur procurait grâce à sa maîtrise de cet art… Cette discussion a duré un long moment, j’ai beaucoup ris et je m’étonnais de cette absence de tabou, de pudeur, de cette spontanéité et de ce naturel. Savez-vous : les occidentaux sont, paraît-il, plus sensibles à la poitrine des femmes, alors que les africains regardent d’abord les fesses, qui doivent être rebondies (les fesses des occidentales sont dites « plates »)… ?

 

Les femmes camerounaises

 

Les femmes sont dures ici. Elles ont un caractère très fort et ne se laissent pas marcher sur les pieds ! Elles bossent beaucoup, mais savent aussi bien profiter. Elles ne font pas attention à leur poids car les hommes aiment les rondeurs. Les femmes préfèrent être rondes, voire grosses car cela leur confère plus de pouvoir et de respect. Elles disent que nous, les femmes occidentales, sommes atteintes d’une vraie maladie, « la maladie du régime »…

 

Le « village »

 

Aujourd’hui, dimanche, j’ai passé la journée dans une famille camerounaise (la famille d’un camerounais rencontré en France). C’était dans la banlieue de Yaoundé. Je suis allée à la messe du « village ». L’Eglise était comble et pleine de couleurs. La chorale était très belle et les chants étaient en français. Malheureusement, toute la messe fut de nouveau en eondo. Quelle frustration ! Je sais qu’on en apprend beaucoup sur la culture africaine en écoutant les sermons de prêtres… J’ai découvert les maisons du village, en brique et le sol de terre battue à nu (la terre est rouge ici), les toilettes : un trou (les « wc à la turque », à côté, c’est le luxe). J’ai de nouveau assisté (et participé) à la confection du déjeuner. A 12h on a commencé à préparer et je me suis demandé quand est-ce qu’on allait manger. Il fallait tout faire, de zéro. Pour les frites, il fallait déjà peler les pommes de terre… Le poisson, le vider et le préparer.. La sauce, écraser diverses graines et du piments à l’aide d’une pierre ; le citron, le raper… Pour cuire, il fallait faire le feu… Mais ici, on prend le temps. Le temps ne compte pas. Et on n’a pas peur de travailler. On mange avec les doigts, on crache les arrêtes sur le sol, on ne s’embête pas avec les manières !

 

Oui, je suis vraiment dépaysée !

 

 



[1] « L’enfant blanc » : c’est comme ça qu’on m’a plusieurs fois désignée. Ici, ils disent que je parais 18 ans…

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Jeudi 13 juillet 2006

Mon estomac commence à se dénouer et à se détendre… Chaque jour, je me sens plus forte.

C’est si différent ici et je suis si préparée à avoir des problèmes que je guette ma première tuile !

 

Cette expérience de volontariat sera une double découverte : celle de la vie au Cameroun, des Camerounais, et aussi celle de la vie des expat au Cameroun.

 

Je me rend compte que l’univers des blancs à Yaoundé est un vrai microcosme : les volontaires de toutes sortes de structures et les expats se retrouvent dans les même endroits. Je ne me sens pas très à l’aise dans ce microcosme, je n’aime pas trop l’esprit « tribale ». Ces volontaires et expats, ce sont ma première famille, mais c’est une famille « factice », qui m’a été imposée. Ils ont leurs habitudes, leur culture, leurs ragots… Heureusement que je vais travailler en brousse avec les paysans et que j’ai déjà des amis ou des amis d’amis camerounais que je vais pouvoir appeler ! Je sens déjà la chance que j’aie car finalement, de nombreux volontaires ou expats passent leur 2 ans (plus ou moins) entre eux ! Ils disent que c’est très difficile de nouer des amitiés avec des camerounais puisque c’est toujours intéressé. Ceci dit, ces volontaires m’ont bien accueillie et je sais que je trouverai toujours chez eux un appui.

 

Mon passage au marché fut vraiment ma première expérience camerounaise. J’étais heureuse et très mal à l’aise à la fois ; je me sentais très fragile. C’était très différent de ce que j’avais vu en Equateur, et c’est vrai que ça fait bizarre de se retrouver au milieu de tous ces noirs et de sentir les regards braqués sur soi. J’étais si contente de faire le marché avec une Camerounaise de confiance, une amie d’amie ! J’étais néanmoins soulagée une fois chez moi, soulagée de retrouver mes repères. Dans quelques temps j’irai seule au marché, mais je crois que je n’oublierai jamais mes premières sensations !

 

La circulation dans Yaoundé est folle. Le plus fou et celui qui a le plus gros klaxon passe. Pour traverser, on inspire très fort et on se lance dans la cohue, on slalom entre les voitures qui roulent à toute vitesse en espérant qu’elles s’arrêteront pour vous laisser passer...

 

Pour se diriger, on n’indique pas l’adresse, mais le quartier et un bâtiment connu proche de notre lieu de destination. Ainsi, je n’ai pas d’adresse. Chez moi, c’est « quartier Bastos, près de l’imprimerie adventiste et de la Sonel , une société d’électricité ». Pour aller à mon bureau je dis au chauffeur de taxi « Quartier Tsinga, à l’imperial pressing, à côté de la sous-préfecture ». Les taxis remplacent les bus. Ils circulent sur des trajets (qu’ils établissent eux-mêmes bien sûr) et ramassent les gens en fonction de leur destination. Si je veux être seule dans le taxi je dis « c’est un dépôt », et ça coûte 1000F au lieu de 200F (100FCFA=1FF). Premier code que j’ai appris…

 

La bière, ici, c’est la Mützig (y’a marqué « bière d’Alsace » sur la bouteille mais c’est du Cameroun). Les gens la boivent en bouteille de 0,65L ! Quelle quantité de bière ils boivent ici ! Moi qui n’aime pas trop la bière ni les sodas, il ne me reste pas grand chose…

 

Dans le jardin de mon immeuble il y a des bananiers, manguiers, avocatiers, goyavier (je ne suis pas sûre que ça se dise comme ça)… Je me régale déjà de mangues et de papayes !

 

C’est impressionnant de voir ces femmes (et ces enfants et hommes, dans une moindre mesure néanmoins) porter tant de choses sur leur tête !

 

Pour la nourriture… Je n’ai pas encore beaucoup mangé camerounais mais j’avoue que le repas d’aujourd’hui m’a fait un peu peur… Espèce de boudin de manioc, ragoût d’herbes avec quelques morceaux de viande… beurk ! Heureusement que François avait aussi commandé un poisson (car j’avais très envie de poisson) : il était, lui, délicieux ! Il va falloir que je m’habitue à la bière et à ce genre de nourriture car en brousse, je prendrai ce que les paysans nous offriront… Et puis de la bière, on n’en trouve toujours alors que l’eau, c’est déjà plus dur !

 

Voilà en gros pour mes premières impressions !

 

Merci de vos mails et de votre curiosité, que j’espère avoir un peu assouvie !

 

 

 

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Jeudi 13 juillet 2006

Comment s’est passé mon voyage et mon arrivée à Yaoundé ? ? ?

 

Me voici enfin pour vous répondre !

 

Mon voyage s’est très bien passé, malgré mon départ très folklorique (journée et nuit festives –en compagnie d’Olivier, David, Julie et Guillaume- dernier métro pour l’aéroport loupé, dernière navette aéroport-hôtel loupée aussi, blocage en plein milieu du trajet à Châtelet, panique générale mais bonne humeur, train de nuit pour l’aéroport finalement trouvé, arrivée à l’aéroport vers 3h du mat’, sieste sur des cartons parterre dans l’aéroport jusqu’à 5h, navette vers l’autre Roissy et hop, 7h30, me voilà dans l’avion ! Décollage à 11h30 au lieu de 7h40 pour je ne sais quelle raison-j’étais trop naz, je captais rien)…

 

Pas de crash ni de perte de bagages : arrivée saine et sauve à Yaoundé vers 18h30. Là, je suis accueillie par un grand sourire d’un camerounais de l’AFVP, puis par une autre volontaire et par mon chef de projet, François. Ils m’emmènent directement dans un resto pour blancs et riches camerounais, où pleins d’autres volontaires nous rejoignent pour fêter ma venue. Ensuite, première soirée : l’anniversaire d’une camerounaise mariée à un blanc. J’étais dans un état second, je ne comprenais pas bien ce qu’il m’arrivait… Il y avait beaucoup de blancs et la musique était comme chez nous, cad anglosaxonne en gros. Donc pas de gros choc au début ! Nuit très désirée chez Peggy, une volontaire.

Samedi : courses dans un petit supermarché camerounais pour mon appart, où il n’y a rien. Que prendre quand il n’y a rien et quand on n’a presque rien ramené à part des bougies, porte clefs, album photo, livres et autres souvenirs du genre… (30 kg de bagages, ça va vite, et j’avais choisi de soigner le moral plutôt que le confort ou les habits>…) ?

 

Le soir : installation dans mon studio ! Je suis au 5ème étage dans un immeuble, ce qui est mieux pour les moustiques, et j’ai une belle vue sur Yaoundé. Je suis heureuse d’installer mes foulards, mes petites bougies et mes livres, de faire mon lit avec les beaux draps violets pastel avec une bordure de fleurs que j’ai achetés, de suspendre mes serviettes de bains jaune poussin que j’ai aussi achetées –la même couleur que mon peignoire chez ma maman…- de déballer ma double poêle (elle fait cuisson-vapeur et plat au four aussi, c’est trop bien ! Une poêle 3 en un, vous imaginez !), de pendre mes 2 pantalons et mes 3 T-shirts que j’ai emmenés… Chaque petite chose ramenée prend beaucoup de valeur et un rien devient très précieux. Mon petit patrimoine me plaît. Me voici CHEZ MOI !

 

Dimanche, barbecue en mon honneur organisé par François (mon chef de projet), dans une grande maison du quartier chic de Yaoundé, où il y a une piscine, avec plein de volontaires et mes collègues camerounais (3 assistants techniques en pisciculture que j’encadrerai). Journée très occidentale donc. Soir : finale de foot dans un bar du centre ville, où ils projettent le match sur un grand écran. Ambiance…

 

Lundi : petit déj d’accueil à l’AFVP et présentation de l’AFVP. Formalités adminitratives. Après-midi : première expérience camerounaise : le marché ! J’ai la chance d’être avec Marie-Pascale, l’amie de Angèle, mon amie camerounaise. Elle a tout acheté pour moi et m’a mise dans un taxi pour rentrer chez moi. Quelle gentillesse ! De retour chez moi, je me régale d’une mangue et d’une papaye : mmmmmm !

Le soir : enterrement de vie de jeune fille d’une camerounaise qui va se marier avec un blanc, un volontaire. La soirée était organisée par d’autres volontaires, ils ne font pas d’enterrements de vie de jf ou de jh ici. Au programme : bières, danseurs, strip-tease, et danse. Les danseurs étaient très forts : y’a vraiment que les blacks pour bouger ainsi ! Le strip-teaseur nous a fait l’intégral… C’était aussi un beau black musclé mais je vous passerai les commentaires…

 

Mardi : formalités administratives, entretien avec François. Premier repas camerounais…… (cf article sur mes impressions). Premiers pas seule dans Yaoundé, premier achat seule (de bière, pour faire la monnaie… si si), premiers « vrais » échanges avec des camerounais.

 

Voilà donc ce que j’ai fait jusqu’à ce soir !

 

 

 

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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