Bonjour!
J’en suis maintenant à mon deuxième mariage puisque j’étais invitée à un mariage camerounais ce week-end (la soeur de ma collègue Arlette). Je peux donc tirer quelques conclusions, même si je suis consciente que ce mariage était bamiléké, une ethnie de l’Ouest, et qu’un mariage peut différer un peu d’une ethnie à l’autre.
Le mariage est d’abord une union entre deux familles, qui est célébrée lors de la cérémonie de la dot. Celle-ci se déroule en plusieurs fois et le marié doit réunir tout ce que sa belle famille exige (de l’argent, une chèvre, du sel, du riz et je ne sais quoi – mais ça coûte cher, trop cher pour les plus pauvres, qui ne se marient pas à cause de cela). C’est à la dernière cérémonie de dot à laquelle j’ai assisté. Il s’agit d’une vraie pièce de théâtre totalement improvisée où le marié est mis à l’épreuve et où il (et sa famille) est une dernière fois très sollicité pour donner de l’argent à sa belle famille. Des personnes-clés dans le lignage vont se lever et lancer une diatribe à l’attention du marié ou de la famille opposée pour le (les) faire réagir (et rire car cela n’est pas sérieux). Exemple : un groupe de femmes mime un train et disent qu’elles apportent la mariée. Elles font le bruit du train, sont positionnées en wagons, avec une femme voilée au milieu(représentant la mariée qu'on apporte et que la belle famille doit pouvoir authentifier, même voilée). On entend tout ça de dehors (car les gens sont dans une pièce).... Et tout à coup on entend des cris : les femmes disent que le train a déraillé, qu’il faut aller chercher je ne sais qui et donc payer.... On paie, le train repart... tchoutchou... Et on entend de nouveau des cris : cette fois-ci, ce n’est plus le train qui déraille mais une vache qui se trouve sur le chemin du train ! On ne peut plus avancer... Il faut encore payer pour dégager la vache... Ces petits « sketch » sont complétés par des chants. Les femmes des deux familles entonnent des airs qui flattent leur famille ou leur territoire propres. Le chef de la famille de la mariée (l’héritier du grand-père mort –qui avait 20 femmes d’ailleurs) était aussi très présent. Mais c’était surtout les femmes qui créaient l’ambiance. Je vous dis, elles font tout en Afrique ! La cérémonie de la dot se termine par l’échange de noix de cola entre la mariée et le marié, et par la boisson du vin de raphia (la boisson la plus infecte que je n’ai jamais bue... mais chhhhut). Ces derniers gestes scellent vraiment l’union, pour la vie, des deux familles et des mariés. La mère de la mariée m’a, à ce moment, dit, que ça y était, l’union éternelle était faite, que la mairie et l’église étaient des détails à côté de cet échange de noix de cola machée par chacun des conjoints. Toute cette cérémonie est en langue locale. C’était frustrant mais j’ai pu un peu suivre grâce aux traductions d’Arlette, la soeur de la mariée.
Outre les traductions, Arlette m’a permis de comprendre ce qu’il y a derrière les apparences. La fête, que ce soit la cérémonie de la dot, la mairie, l’église ou la fête du samedi soir (à l’occidentale) cache beaucoup de rivalité entre les familles. Un rien fait l’objet de ragots dans les familles. Très souvent, la mariée est mal acceptée dans la famille du marié : elle est vue comme une rivale. Les belles-mères sont une peste pour le nouveau foyer. Chez nous, on dit ça en plaisantant, mais apparemment, c’est très vrai ici. Chacune essaie de mettre son grain de sel, critique, créé des problèmes... Souvent, la famille du marié met la mariée à l’épreuve (une fois mariée bien sûr) : elle a intérêt a bien savoir cuisiner et à être très soumise, que ce soit à son mari ou à sa belle famille ! Sinon, bonjour les ragots et les problèmes ! Oui, derrière les chants, la fête, les couleurs, l’abondance en nourriture et en boissons, il y a bien des aspects brumeux...
La société camerounaise est pleine de codes sociaux. Il faut donc être très prudent, attentif, humble, à l’écoute, tout en étant à l’aise, ouvert et, surtout, soi-même. Un équilibre tendu que je crois avoir assez bien trouvé ce week-end. Ce qui m’aide est ma curiosité, ma gourmandise et mon amour pour le chant et la danse. La danse, surtout : ici, c’est l’élément clé. C’est elle qui m’a surtout permis de réussir mon intégration. Je me suis même fait invitée par le chef de famille de la mariée et par le père de la mariée, deux personnages-clés du lignage ! J’étais très fière... Qu’ils viennent danser avec moi était le plus beau compliment qu’on pouvait me faire. Ceci dit, ce n’est pas facile à assumer d’être la seule blanche dans un mariage camerounais. J’étais tout le temps regardée, épiée. Je suis sûre que, à la fin de la fête, nombreux étaient à pouvoir dire exactement ce que j’avais mangé, combien de verres de vin j’avais bu, si j’avais bu une bière ou un soda après le repas, avec qui j’avais dansé, combien de fois, de quelle couleur était le paquet que j’avais apporté aux mariés etc. Oui, il faut savoir assumer tout cela, laisser les regards glisser sur soi, être soi-même et montrer que l’interculturel est possible, qu’une blanche peut danser le bicoutsi et manger le n’dolé...
Il faut que je vous parle des sermons. Le maire à la mairie comme le pasteur à l’Eglise faisaient des sermons dans lesquels ils donnaient plein de conseils aux mariés, à la manière de pères. Ces deux hommes ont beaucoup parlé de la fidélité (qui est extrêmement rare ici). Ils soulignaient son importance, pour éviter, notamment les maladies sexuellement transmissibles. Ils ont aussi rappelé ses devoirs à la mariée, dont le premier est de nourrir son mari ( ! ! ! !). Le pasteur a dit au mari que si un soir il rentrait chez lui sans trouver le repas prêt, il devait se mettre devant la télé et attendre sagement. Si ça ne venait toujours pas, il ne fallait pas demander d’explication à sa femme mais aller se coucher sans rien dire. (car si la femme ne peut pas respecter son premier devoir, c’est qu’elle a une bonne raison, il ne faut pas l’accabler en plus...) Le maire (ou le pasteur je ne sais plus) a dit à la femme de se faire une petite cagnotte en cas de disette. Comme ça, dans les moments difficiles, elle peut aller acheter le savon ou le sel pour la famille sans demander quoi que ce soit à quiconque. Dans ces moments-là, a-t-il rappelé, il ne fait surtout pas aller chez les voisins pour demander de l’aide (question de fierté) : ils nous rendraient le service demandé, mais cela ouvrirait une grande porte aux ragots, qui pourraient pourrir le mariage et même les familles... (La solidarité existe bien en Afrique, elle permet à des milliers de gens de vivre ou survivre, mais elle est INTRAFAMILIALE). Le maire a bien sûr rappelé l’article 135 : l’homme est le chef de famille, il choisit le lieu du foyer ; et la femme doit tenir le foyer, éduquer les enfants, épauler son mari pour subvenir aux besoins économiques du foyer etc etc et j’en passe.
Bref, deux conclusions : 1 : les discours des maires et des pasteurs lors des mariages sont hallucinants. C’est très drôle, ou triste – notamment pour la femme, ce qui me fait ma transition pour ma conclusion 2... 2 : Heureusement que je ne suis pas une femme africaine ! !
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