Dimanche 4 mai 2008

Ca faisait 3 semaines que j’étais partie du Cameroun, pour aller en France assister à un mariage et à divers événements familiaux.

Le retour au Cameroun est toujours un peu brutal.

L’ordre, la propreté, la netteté, la rigueur, le vide des rues française contrastent tant avec le désordre, la poussière les flaques la boue, le flou, le « ça dépend » et l’animation des rues à la camerounaise… Deux mondes, vraiment.

 

L’arrivée à l’aéroport est, pour le nouvel arrivant, comme un baptême Africain. Et pour l’habitué, cela reste très surprenant.

 

On part d’un grand aéroport où tout brille, où tout incite à la consommation (cafés et boutiques multiples), où tout est très ordonné (files d’attente bien alignées), où tout est très coordonné par les forces de l’ordre en présence… pour arriver dans un aéroport vieillot, à la peinture défraîchie et terne (je parle de l’aéroport de Douala car celui de Yaoundé est mieux entretenu et ordonné puisque c’est celui par lequel passe le président Paul Biya…), où le désordre règne en maître. A peine atterri, j’imagine le nouvel arrivant perdu : pas de file ni de panneaux, on ne sait pas où aller… on arrive tant bien que mal à un point où s’agitent des passagers et des policiers. Des "semblant de files" essaient de s’organiser mais cela reste tâche ardue : des gens passent, en raison de leur statut, de leur popularité, de leur lien avec certains policiers, d’autres essaient de profiter de l’agitation créée par l’arrivée de ces personnalités pour s’approcher de la sortie. Je fais d’ailleurs partie de ces gens puisque j’ai appris à me faufiler et à profiter du désordre, comme tout Camerounais… (Apprentissage qu’il faut absolument faire d’ailleurs pour se débrouiller dans ce pays).  Des passagers enjoués, d’autres agacés par le désordre, des policiers égayés par l’arrivée de certaines de leurs connaissances, d’autres énervés par l’absence d’ordre… De nombreuses personnes en tenue (douaniers et autres) dont on doute de l’utilité et de l’efficacité… Beaucoup de gestes, de mots d’ordre lancés durement, de contrôles… pour quels résultats ? On ne saura jamais… De toutes les façons, ici, il suffit la plupart du temps de payer pour avoir ce qu’on veut (papiers, passage de la douane sans être contrôlé etc).

Après avoir franchi plusieurs « frontières », on arrive au tapis sur lequel arrive les bagages. Ou plutôt, LES tapis. Il y en a plusieurs, mais comme il n’y a pas de panneaux indiquant le tapis correspondant au vol, il faut les guetter tous. Dans le fond de la pièce, on voit un énorme tas de bagages. On ne sait pas trop d’où ils viennent ni pourquoi ils sont entassés là. Alors on commence à espérer très fort que ses bagages vont arriver très bientôt et en bon état… Le désordre règne. Des gars arrivent déjà avec des chariots et proposent leurs bons services… Les passagers sont agglutinés autour des tapis. Des douaniers sont juste derrière et fouillent des valises. Un tas de gens sont groupés à la sortie et essaient de se frayer un passage. Des hommes et des femmes s’agitent : « C’est COMMENT ? C’est même comment ici ? Tu fais même quoi avec mes bagages ? Ahhh…pssss… les gens-ci ! ». Intérieurement, j’éclate de rire. Extérieurement, je souris franchement. « Ahhh ! Enfin un peu d’animation ! Vive le Cameroun et les Camerounais ! Finies les vacances au calme, retour à la vie bouillonnante ! »

 

Soulagée, je récupère finalement mes bagages. J’envoie balader quelques personnes et je fonce vers la sortie, me faufilant, essayant d’être discrète et de profiter du désordre pour gagner du temps sur les contrôles. A la sortie, j’ai le cœur en joie : le sourire d’Annie et des enfants m’accueillent chaleureusement ! Ca fait 1h30 qu’ils m’attendent… sans problème (les Camerounais disent qu’en France on a l’argent mais que eux ils ont le temps…). Seulement, un gars m’a repéré et il se met à me coller. Il dit que puisque je suis passé sans être contrôlée, il faut que je « donne la bière » (c’est-à-dire l’argent équivalent à l’achat d’une bière) au douanier. Il dit que c’est ce dernier qui l’envoie. Des enfants nous rejoignent pour demander des euros « même 10 euros, la Blanche… » Le bavardage commence entre Annie, moi et le gars. J’abandonne vite et je laisse Annie gérer la situation. C’est toujours « éducatif » de voir comment un Camerounais gère ce genre de cas. On comprend vite qu’il ne sert absolument à rien d’expliquer quoi que ce soit au gars, de se justifier par des arguments très justes et qu’il est encore plus inutile de s’énerver. L’attitude à adopter est la nonchalance, l’ignorance et le « je m’enfoutisme ». On lui répond une fois sur quatre, les yeux hagards, le buste légèrement en arrière, marquant une attitude de totale détente. On n’ignore pas l’enfant qui passe avec un plateau de bonbons sur la tête (puisqu’on a justement envie d’un bonbon), mais on n’accorde aucune importance aux dires du gars qui continue de plaider sa cause. Il menace plusieurs fois d’aller chercher son ami douanier. Devant notre indifférence totale et nos réponses qui n’ont pas plus de sens que ses propos, il va chercher son ami. Celui-ci arrive et intérieurement, j’éclate encore de rire. Cet ami gringalet en T-Shirt, jean et basket est tout sauf un douanier ! Pourtant, sans avoir peur du ridicule, il soutient qu’il l’est et qu’on doit lui donner la bière puisque je suis passée sans être fouillée. Annie entre dans son jeu et fait comme si elle croyait que c’était effectivement un douanier : « mais vous n’aviez qu’à faire votre travail dans l’aéroport ! Maintenant, c’est trop tard, on est dehors ! ». Le pseudo douanier ne nous tient pas tête trop longtemps. Il part fièrement, comme un roi, en faisant un signe nous ordonnant de donner l’argent à son ami… 

Ce dernier, qui n’a décidément pas peur du ridicule, choisit désormais une autre stratégie pour essayer de gagner quelques francs. Il devient poli et se met à nous servir. Nous entreprenons de traverser la route pour gagner la voiture. Heureusement qu’il est là pour nous montrer le chemin… Il nous prend les bagages des mains pour les mettre dans le coffre. Nous restons totalement indifférents et nous montons en voiture. Après avoir bloqué les portières, nous éclatons de rire : enfin débarrassés de cette colle !

 

« Bonne arrivée au Cameroun ! ».

 

Ca fait plaisir de retrouver l’animation des rues, avec les gens partout : les mamans qui vendent des habits, les gars qui poussent des planches, un chariot d’ananas pelés, de yaourts ou une gazinière ambulante permettant de confectionner des délicieux sandwich à l’omelette… les taximen qui roulent dans tous les sens, en klaxonnant et en se criant dessus régulièrement…les motos qui se faufilent au milieu de ce désordre (dont moi d’ailleurs, avec beaucoup de plaisir… le stress de l’aventure…)…

 

Dès demain, j’irai à nouveau goûter l’ambiance animée des bars camerounais pour siroter avec des amis une petite « smooth bien glacée » et manger une queue de poisson braisée accompagnée d’un bâton de manioc…

par Audrey Sirvente
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Vendredi 11 janvier 2008

Un Noël simple et joyeux

 

L’émotion palpable de Brigitte au téléphone.

Mon Noël 2007 a commencé ainsi. Je confirmais alors à ma mère du village de Bingongog que j’arrivais le lendemain pour fêter Noël avec eux. Une grande émotion accompagnée par une seule phrase : « Maintenant, je comprends combien tu nous aimes. » Puis « Nous allons très bien t’accueillir Audrey ».

Pourquoi avoir choisi de passer le 24 et le 25 dans un des villages dans lequel je travaille ? Pour partager la joie de Noël en toute simplicité dans un univers culturellement très éloigné du mien. Pour découvrir une façon de célébrer la naissance du Christ tout en apportant de la joie à des gens qui n’ont que très peu.

 

Finalement, au fond, ce n’est pas si différent de chez nous. La fête comporte deux temps forts : la messe de Noël et le repas de Noël. Tout cela implique une grande préparation : un mois avant, voire plus, chacun s’apprête : il s’agit de trouver l’argent pour la fête, et précisément pour le repas et la boisson du 25. Cotisations dans les tontines, mise à part d’une partie de l’argent issu de la vente du cacao, vente de bâtons de manioc etc. Tout est bon pour trouver des CFA (même le vol pour certains individus, à Yaoundé notamment… Eh oui, malheureusement, il y a une recrudescence de l’insécurité en ville au mois de décembre de chaque année…).

 

Le 24 décembre, chaque foyer est en plein préparatif, ou plutôt chaque femme de chaque foyer. Toute la journée est consacrée au marché et à la confection de la nourriture pour le 25. Sauces diverses accompagnées de leurs compléments. L’idée de base reste la même que d’habitude mais le tout est amélioré. La sauce ne comprendra pas seulement des arachides ou des feuilles pilées mais sera ce qu’on appelle « bien chargée » : morceaux de poulet, de poissons, de porcs pour les plus chanceux. Le complément sera composé comme d’habitude de plantain, d’igname, de macabo, de manioc, voire de riz pour ceux qui ont eu les moyens d’en acheter. On trouvera parfois autre chose, comme le met de pistache, en fonction des goûts du mari. Au niveau de la boisson, un effort particulier est fait : les gens achètent du vin (en brique… Nous sommes donc à des années lumières d’un bon bordeaux…), de la bière et des « jus » (sodas) Plus on a d’argent, plus les boissons sont diverses. Le 25 décembre, on trouve une brique de vin rouge dans de nombreux foyers : c’est la marque que cette fête est une grande occasion. (Le « vinosol » est en effet une des boissons les plus chères : 850FCFA le litre, alors que la bière ou le jus coûte environ 500FCFA les 75cl.)

 

Certaines personnes, notamment les jeunes, vont faire la fête toute la nuit du 24. Dans ce cas, les fêtards se retrouvent dans un bar, là où ils vont trouver « l’ambiance », c’est-à-dire la musique et surtout l’alcool. Il n’est pas rare de trouver, le 25 au matin, des gens encore soûls…

La messe est célébrée le 24 à minuit ou le 25 au matin. A Bingongog, la majorité des gens ont célébré le 25. Ce matin-là, les femmes se sont levées très tôt afin de tout apprêter avant de partir à la messe (pour le repas qui sera pris au retour) puis de se pomponner. Elles mettent leurs plus belles tenues et leurs plus beaux bijoux. Elles se sont fait tressées la veille ou s’enduisent les cheveux d’une huile parfumée. Elles portent leurs plus belles chaussures (à talon, même s’il va falloir marcher 40minutes en brousse pour aller à la messe, en grimpant plusieurs collines…). Le tout est parfois agrémenté d’un sac à main, d’un chapeau ou d’un foulard couvrant la tête. Les hommes revêtent également leurs plus beaux vêtements : belle chemise, chaussures soignées, voire cravate et veste pour certains. Chacun a pris le soin de repasser ses vêtements (j’ai moi-même repassé ma robe sous l’impulsion de Brigitte, avec son fer à charbon).

Aller à la messe est déjà une fête en soi. Pour cela, on traverse à pieds et en joie tout le village, en s’arrêtant pour saluer les gens, en bavardant entre nous. Pour se rendre à l’église de Nkeng-Likok, c’était un vrai sport, avec toutes les collines à grimper ! Le long du chemin, on voit quelques « cabanes » dans les jardins de certaines maisons. Ces abris sont constitués de tiges de bambou ornées de branches de palme. Ces abris sont confectionnés pour les mariages, les deuils, les communions… Il n’est pas rare que les gens profitent de la période de Noël pour célébrer leur mariage ou la communion de leurs enfants. Cela permet de réduire les coûts puisqu’une seule fête sera célébrée pour tous les événements. A Bingongog, plusieurs communions ont été célébrées le 25 décembre : j’ai compté au moins 6 communiants à la messe. J’étais impressionnée de voir le soin apporté à leurs tenues : ils étaient habillés comme chez nous en France. Les petites filles avaient des robes blanches de petites princesses, avec des scandales blanches et des chaussettes blanches à collerettes fleuries ou brodées, des jolies coiffures ornées de perles. Les petits garçons portaient un costume et de jolies chaussures. Qu’ils étaient chics tous ces enfants ! J’avoue que je ne pensais pas voir ça au village.

 

En fait, les Africains, ils savent faire la fête ! Quand il s’agit de fêter quelque chose, ils mettent « le paquet ». On casse alors les tontines, on se ruine, mais au moins, on mange bien, on boit beaucoup, on danse toute la nuit, on rit a gorge déployée et on oubli complètement les soucis du quotidien. Souvent, on préfère attendre plusieurs années avant de célébrer un événement, pour avoir le temps de cotiser, d’épargner de l’argent. C’est pour cela qu’il est fréquent qu’on célèbre un mariage à l’Eglise après 10 ans de vie commune et de 5 enfants, un deuil 6 ans après que la personne soit décédée, un baptême alors que l’enfant a 12 ans (et en même temps son frère de 15 ans fera sa première communion…).

 

La messe à laquelle on m’a emmenée était en Bassa, le patois local. Mais le chef du village m’ayant prêté son missel, j’ai pu suivre. La messe était très belle, animée, joyeuse, rythmée par les chants Bassa. A la fin, le prêtre, manifestement très content de me voir, m’a invitée avec Brigitte chez lui prendre un verre. Puis nous sommes rentrées à Bingongog.

 

En route, alors qu’on marchait sous le soleil tapant, une surprise nous attendait : Isaac en voiture ! Isaac est un « pisciculteur » (il ne bosse pas trop et son étang n’avance que très doucement mais bon…) : sa femme avait accouché dans la nuit et il avait loué une voiture pour la ramener de l’hôpital à la maison, avec le bébé. Quelle joie dans la voiture ! Sa femme Odile nous attendait avec l’enfant debout, au détour d’un sentier. Et hop, voila le bébé en brousse, secoué dans tous les sens, aux sons des rires, des causeries fortes et de la musique ! Isaac était très fier de pouvoir offrir à sa femme un retour au village en voiture climatisée : d’habitude c’est en moto, accouchement dans la nuit ou pas…

A notre arrivée, c’était la fête. La grand-mère poussait des cris de joie, tout le monde était en liesse. Isaac était très honoré de ma présence. Il m’a servi du poisson, du porc, du riz et j’ai du trouver mille stratégies pour éviter de boire du « vinosol » ou de la bière chaude, et pour ne pas manger 3 fois d’affilée… L’après-midi s’est ensuite déroulée en toute simplicité : j’allais chez les gens que je connaissais (mes « relations » comme on dit ici), on bavardait, ils me servaient leur repas de Noël, je leur offrais des petites choses qui leur faisaient un immense plaisir : des étoiles de Noël, des savons, des habits ou jouets pour enfants, des foulards, du riz, des cuisses de poulet, quelques briques de vinosol… les gens étaient vraiment très réjouis de ma présence et de pouvoir partager avec moi la fête. Et moi, j’étais heureuse de partager ces quelques joies simples.

Le soir je suis rentrée à Yaoundé ma caisse remplie de vivres et mon cœur plein des sourires que j’avais reçus.

 

 

par Audrey Sirvente
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Mercredi 19 décembre 2007

Les avancées du PVCOC ?

Est-ce que ça pisciculte à fond au Centre et à l’Ouest du Cameroun ?

Et ta santé, enfin retrouvée ?

Et Noël… ?

 

Autant de questions que vous me posez…

 

Alors me revoilà sur mon blog, pour le mettre un peu à jour…

 

Sachez que oui, le projet progresse. A petits pas, mais ça avance.

 

Je vous annonce d’ailleurs que ça y est, nous sommes enfin entrés dans l’ère du poisson ! Au PVCOC, on ne parle plus seulement de boue et de piquets, mais de poissons !

 

A ce jour, au Centre, on travaille avec 166 candidats et environ 70 sont en train de construire leur étang (enlever la boue au niveau de la digue et de la zone de pêche, remblayer la digue, creuser le trop plein et l’étang de service). 3 étangs sont réalisés, plein d’eau et de poissons.

 

La dynamique du moment est à la construction des systèmes de vidange des étangs (moine et tuyaux passant sous la digue). Les gens font cela avec le ciment qu’ils achètent, et le sable et le gravier qu’ils se procurent (parfois, pour avoir leur gravier, ils cassent à la main des pierres qu’ils ont récupéré à droite et à gauche…), ainsi qu’avec les moules en bois que les pisciculteurs de chaque village ont eux-mêmes construit. Grâce aux formations données, certains sont déjà indépendants dans ce travail. La dynamique est aussi marquée par les remblais de digue : c’est encourageant de voir les digues s’élever ! Je mettrai bientôt des photos sur le blog, c'est promis, afin que vous constatiez par vos propres yeux les avancées des étangs...

 

Enfin, les poissons commencent à apparaître dans les villages ! Et cela, ça fait vraiment plaisir à tout le monde. Oh… il ne s’agit pas encore de pêches dans les étangs des gens, mais on prépare le terrain. C’est-à-dire que, en ce moment, dans chaque village on prépare un ou deux anciens étangs (cad des étangs qui existaient déjà à notre arrivée, de petites tailles et mal faits…) à devenir, en gros, une pépinière à poissons. Car en attendant que chacun ait son étang de service pour produire ses alevins, il faut bien que les premiers à être prêts puissent avoir des poissons à mettre dans leur étang. On commence à donner les premières formations en sexage (séparation des mâles et des femelles tilapia afin de ne mettre que les mâles en élevage) et donc…. On commence à manger du poisson (le surplus de femelles)!

 

A mon niveau, je peux enfin dire que j’ai retrouvé la forme (depuis mi-novembre). Ce fut long mais ça y est ! Je retourne donc dans les villages avec ma moto et je recommence à avoir une vie normale (des w-end où on sort au lieu de ne faire que dormir, comme c’était le cas entre septembre et mi-novembre…). J’ai de plus en plus de satisfaction dans mon travail. Car outre le fait que je suis plus à l’aise dans la maîtrise des zones, dans mon rôle dans l’équipe projet et en brousse, ma relation avec les paysans commence à prendre une autre tournure. Ils me voient de moins en moins comme « la blanche » mais de plus en plus comme « Audrey ». Ils  me parlent beaucoup plus, et de manière beaucoup plus naturelle. Les langues se délient ! Les regards se libèrent ! Aussi, je comprends mieux ce qu’ils me disent, ce qui se cache derrière leurs mots ou leurs regards. Je pourrais dire que je comprends mieux qui ils sont et pourquoi ils font ce qu’ils font. Toutes les barrières qui sont induites par les préjugés mutuels, conscients et surtout inconscients, commencent à tomber, des deux côtés. Et ça, c’est une de mes plus grandes satisfactions. 

 

Pour les fêtes de fin d’année, j’envisage d’apporter un peu de soleil à quelques personnes dont j’admire le courage dans la lutte pour la vie. Il s’agit de Brigitte et sa famille, dans le village de Bingongog, de Ndolo et ses frères et sœurs et des lepreux de Kutaba. C’est chez Brigitte que j’envisage de passer Noël. Je leur apporterai du riz, du poisson, de l’huile et un peu de vin, des choses qu’on trouve difficilement en brousse... Je vais aussi inviter Ndolo et ses frères et sœurs (orphelins) à un bon repas dans un petit bar-resto. Enfin, je prévois d’aller dans une léproserie que je connais pour leur apporter de quoi améliorer le quotidien en l’occasion de la nouvelle année. Cette léproserie se trouvant à l’Ouest, je n’irai qu’à ma prochaine mission là-bas, en février. Si je vous dis tout ça c’est aussi pour vous inviter, si vous en avez envie, à m’aider à rendre le soleil que je m’efforcerai d’apporter à ces gens un peu plus lumineux… (dans ce cas, envoyez-moi un chèque à l’adresse de mes parents et écrivez-moi).

Une fête de Noël améliorée n’est certes pas durable sur le plan de l’estomac ou des cadeaux matériels mais par contre, ça laisse un souvenir impérissable !

 

En vous souhaitant à tous de très bonnes fêtes de fin d’année,

 

Je vous fais à chacun une grosse bise

 

Audrey

 

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Mardi 9 octobre 2007

Le Cameroun….

 

Son odeur, un peu chaude, un peu humide, un peu vieille : c’est d’abord elle qui m’a frappée lorsque mon avion a atterri le 9 septembre à Douala.

 

Son désordre ensuite, que j’avais déjà un peu oublié (et présent même déjà un peu dans l’avion…). Ce désordre qui agace, qui met mal à l’aise, qui nous fait tourner la tête. Mais ce désordre qui donne au Cameroun toute cette ambiance qui rend le quotidien si piquant.

 

Me voici ENFIN de retour au Cameroun !

 

Ah…. ENFIN un peu d’animation : couleurs, musique, stands éparpillés, gens partout, voitures qui roulent dans tous les sens, motos qui zigzaguent n’importe comment, femmes qui se battent autour de leur poisson braisé (« il est pas bon mon poisson ????!!! Tu dis même quoi ? C’est comment ? »), hommes qui rient fort autour de leurs bières en commentant l’arrière train des jeunes filles ayant le malheur de passer devant eux, enfant qui courent ou qui vendent des petits paquets d’arachides qu’ils portent sur un plateau posé sur leur tête à 100/100 (c’est-à-dire 100FCFA le paquet), taximen qui klaxonnent pour trouver des clients, mini bus qui enfument à 100m à la ronde et derrière lesquels un autocollant ou une plaque apposée dessous la plaque d’immatriculation rassure les citoyens en proclamant que « Jésus sauve et guérit », bars qui font sourire de par leur nom « Cochon bar » « La marseillaise » « Champs Elysées bar » « Point d’achèvement bar[1] »…

 

Le tout, sous un soleil brillant et chaud parfois voilé par les averses qui transforment les énormes trous des routes de Douala en véritables piscines et les rues de Yaoundé en fleuves (nous sommes en saison des pluies, ce qui rend l’atmosphère un peu fraîche, ce qui est agréable lorsqu’on arrive juste de France).

 

« Le Cameroun, c’est le Cameroun ». Ce slogan bien connu des Africains et proclamé par les Camerounais est d’une aide précieuse pour expliquer l’inexplicable, pour clarifier le flou, pour éclairer le noir et pour rendre possible l’impossible.

 

Tout ce désordre, cette ambiance, cette société qui a ses propres lois (souvent orales, coutumières, hors du sens logique) et ses codes culturels, je les ai retrouvés d’un coup. Je ré-apprend à les aimer et à m’y faufiler avec aisance. Plus mon énergie remonte, plus mon goût pour cette vie-là augmente. Il m’a bien fallu les deux premières semaines de mon arrivée pour me reposer et reprendre le rythme camerounais! La venue d’un ami, Pierre-Henri (il devait venir en juillet à l’origine…) m’a forcé à attaquer les choses en douceur et à ne pas reprendre le travail tout de suite.

 

Ce n’est que le 24 septembre que j’ai enfourché de nouveau ma moto, avec un grand plaisir. La joie de retrouver toute l’équipe de travail était réelle et partagée. La tristesse de changer de quartier (nos locaux ont dû être transférés pour des raisons obscures et diverses) commence à se changer en plaisir de découvrir d’autres lieux, d’autres visages, d’autres petits coins où trouver des bons plats et du bon poisson braisé. Je pars souvent en repérage, comme j’aime le faire. Et je suis observée. Les gens murmurent autour de moi « Ahhh… cette fille est chez le Bassa là-bas, vers prestige » (« le Bassa », c’est le chef de notre ONG partenaire, dont l’ethnie d’origine est Bassa. Et « prestige », c’est le nom de l’hôtel juste devant nos locaux). Les hommes tentent leur chance, ils me testent. Les mamas chez qui je vais manger se réjouissent de voir une blanche manger leur nourriture. Les gens apprécient ce que je mange et la manière dont je les mange, les mets locaux, le poisson braisé avec les mains… Ils voient que je n’ai pas de mal à contre-attaquer les dragueurs, que je ne me laisse pas faire et que je connais les prix et les coutumes. Je commence donc à avoir mes protecteurs « ahhh laisse-là manger en paix ! Ou… celle-là, elle est déjà camerounaise ! Je lâche parfois quelques mots d’Ewondo (le patois de la région) pour qu’on me respecte davantage et ça marche. Les gens apprécient et commencent à m’adopter.

 

J’ai encore besoin de repos, donc je ne repartirai en brousse que plus tard. Pour l’instant, je reste en capitale et ceci me permet de rattraper mon retard et de mettre à jour de nombreux documents. Je dois calmer mon impatience de retrouver tous les paysans, qui, on me dit, demandent des nouvelles de moi à chaque occasion.

 

Cette impatience de regagner la brousse est tempérée par les sourires de ces femmes et de ces hommes qui avaient appris à me voir vivre ici et avec qui j’avais commencé à nouer des relations. Il y a d’abord le sourire, les yeux pétillants et la grâce de Denise, cette femme courageuse qui fait vivre une famille de 4 enfants grâce au yaourt qu’elle confectionne et qu’elle vend en marchant dans la rue, sa glacière sur sa tête. Il y a ensuite le visage marqué par les soucis de Mado, ce visage qui s’éclaire à mon approche, lorsque je vais lui acheter quelques tomates, oignons, papayes, oranges en rentrant du travail. Il y a aussi Ndolo, ce jeune homme dont la forme de pureté et de candeur qui émane de lui m’étonnera toujours, au vu du contexte dans lequel il vit et de la dureté de sa vie. Il y a la douceur et les attentions de Sandrine, cette jeune fille qui tenait un call box à côté de chez moi et qui a dû déménager à Douala pour se rapprocher des siens et se battre afin de subvenir à leurs besoins (père handicapé, mère absente et 3 jeunes sœurs)… Il y Angèle, cette femme pédiatre spécialisée dans les soins du cancer de l’enfant, la seule du Cameroun, qui est dans un véritable combat pour plus de justice, au détriment de son salaire[2], de sa famille et de ses rêves personnels ; cette Angèle dont j’aime tant la famille (le mari et ses 4 enfants, bien vivants) et chez qui je me sens chez moi… Il y a aussi Honoré et Annie, dont la chaleur de l’accueil marqueront durablement toutes les personnes venues me voir et ayant atterri à Douala. Et il y en a tant d’autres !



[1] Le « point d’achèvement » est la fin de la première étape du C2D, le programme de reconversion de la dette camerounaise à la France en projets de développement.

[2] Avec sa formation elle pourrait gagner le quadruple en terme de salaire, en ouvrant son propre cabinet. Mais elle choisit la justice sociale et donc elle met ses connaissances et son savoir-faire au service de son pays, dans la fondation Chantal Biya.

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Mercredi 8 août 2007

Cela fait un mois et demi que je suis en France.

Cela fait un mois et demi que je tiens à vous raconter mes impressions sur la France lorsque je suis arrivée.

 

Au risque que cela vous paraisse périmé de le faire maintenant, je le fais car j’en ai envie depuis mes premiers pas sur le sol français.

 

Pour ceux qui s’inquiètent de ma santé, sachez que je vais mieux. Bien mieux même. Cependant, je dors encore beaucoup et je me fatigue vite. Je ne suis donc pas encore prête, malheureusement, à retourner au Cameroun. J’y retournerai lorsque j’aurai retrouvé un rythme de vie presque normal, sans dormir 12h par jour, et que j’arriverai à travailler plusieurs heures d’affilée sans être épuisée.

Au Cameroun, j’ai appris à être patiente avec les autres. La maladie m’apprend à être patiente avec moi-même, ce qui est parfois encore plus dur finalement.

 

Bon, essayons de se remettre dans l’esprit et l’atmosphère de mon arrivée en France…

On va même rembobiner le film un peu avant, au moment de mon départ du Cameroun…

 

 

Un départ précipité. La fatigue m’empêche de penser, de réaliser, d’organiser mes idées. Je rentre chez moi, dans MON pays. La joie de retrouver les miens. La tristesse de partir sans l’avoir prévu, de tout laisser d’un coup. L’angoisse de ne pas savoir ce que mon corps cache comme maladie. Pour combien de temps est-ce que je pars ? Les médecins français vont-ils trouver ce que j’ai ? Que mettre dans ma valise ? Ai-je quelque chose que je pourrais rapporter d’Afrique pour ma famille ? Si j’avais su, j’aurais comblé ma valise de cadeaux pour eux, mais là, je n’ai rien… Alors j’envoie vite fait quelqu’un au marché m’acheter des mangues, des ananas et des avocats. Et je remplis ma valise de ces fruits exotiques, en mettant quelques slips dessus et en espérant qu’ils ne fouilleront pas ma valise à l’aéroport…

 

Angèle m’emmène à l’aéroport de Yaoundé. Passées les portes vitrées, je suis seule. Debout, je dois attendre l’enregistrement de mes bagages. La fatigue pèse sur mes jambes qui se tiennent difficilement. De l’extérieur, mon mal-être se voit difficilement, et pourtant, intérieurement, dans mon corps, je suis exténuée, vidée. La lourdeur des « contrôleurs » camerounais m’exaspère. Je n’en peux plus. J’hésite sur l’attitude à adopter. Que lâcher ? Les pleurs ou la méchanceté ? J’essaie de garder mon sang froid. « Rester zen en toute circonstance ». Le leitmotiv que j’ai adopté depuis que je suis au Cameroun. Même en pareil moment, il me faut l’appliquer.

 

Enfin, me voilà dans l’avion. Cameroon Airlines. Quelles surprises me réserve encore mon vol, avec cette compagnie aérienne ? Finalement, pas grand mal. Une plus grande liberté, c’est tout. La liberté de s’asseoir où on veut dans l’avion, et même de changer de place si on change d’avis. La liberté de ne pas mettre sa ceinture lors du décollage (l’obligation d’attacher sa ceinture lors du décollage reste en effet théorique puisqu’on n’entend seulement une voix qui énonce les principes de sécurité. Tout le monde s’en fout, même les hôtesses !). La liberté de poser son sac de voyage à côté de soi (et non pas en-dessous du siège comme il se doit normalement). Et même, l’avion n’étant pas très rempli, la liberté de s’allonger sur une banquette! Je profite largement de cet avantage et, changeant de place, je m’allonge sur un lit formé de trois sièges pendant toute la durée du vol.

 

Atterrissage à Paris. Ciel gris. Légère fraîcheur malgré le soleil. Air sec. Je respire à fond.

 

« Je suis CHEZ MOI »

« Je suis AU PAYS DES BLANCS »

 

Yeux écarquillés, cœur palpitant, ces phrases ne me quitteront pas pendant plusieurs heures.

 

J’admire l’organisation de l’aéroport, les petits cafés animés, les kiosques à journaux fournis, les petites boulangeries dorées, les cabines téléphoniques occupées, les files d’attente bien droites. « Ca a l’air cool ici ». Je souris.

 

Je regarde les gens. Leur yeux surtout. Leurs gestes, leur pas, la façon dont ils se parlent entre eux. La manière dont les individus se comportent, attablés, buvant un café serré ou une petite bière. Tout, en eux, exprime une certaine vivacité, rapidité. On sent le poids de la société qui rythme les journées, qui impose ses règles de bienséance, qui imprime sa droiture dans l’habillement, qui règle la vie des gens. Ici, on n’a pas une minute à perdre. Il faut marcher vite car au pays du fromage, il faut gagner du temps. En France, le leitmotiv, c’est « Gagner du temps ». Si on a une minute, vite vite, il faut la remplir : un journal, un café. On marche en écoutant de la musique, on parle en mangeant, on téléphone en conduisant, on regarde la télé en lisant le journal, on tape à l’ordinateur en faisant des recherches sur internet… « Gagner du temps ». Ici, on ne mange pas quand on a faim, on mange des horaires. Il FAUT. C’est la règle. Je suis au pays du droit, de la loi écrite. Ici aussi il y a des codes sociaux. Mais je les connais. Je sais comment il faut être, comment il faut se comporter avec les gens, comment il faut parler avec eux. Je les comprends. Je vois leurs gestes avec un œil nouveau mais je les comprends. Je sais d’où ça vient et pourquoi ils font ça. Tout à coup, tout le savoir vivre français et le savoir être dans cette société bien réglée me reviennent dans l’esprit, et même dans le corps.

 

« Je suis chez moi ». « Chez moi… ».

 

Dès la sortie de l’avion, un policier français nous demande nos papiers. Rigueur, clarté, rapidité, class. Je suis impressionnée. Fièrement, je montre ma carte d’identité française. Un petit clin d’œil complice. Je suis chez moi. Mes compatriotes m’accueillent avec un sourire.

 

Avant de passer la douane, je fais la queue. Là, je me fais bousculer par un Camerounais. Habituée, je ne m’étonne pas et, automatiquement, ma réaction s’adapte à la situation : fermeté pour se faire respecter et humour pour faire passer le message. Mais dès le passage de la douane, un homme blanc me frôle le bras. Immédiatement, il se confond en excuses. Je suis ravie, extasiée devant tant de politesse. « Non ce n’est rien » : ce n’était plus qu’une formule de politesse : l’homme blanc ne pouvait s’imaginer à quel point je pensais ce que je disais ! Ce n’était vraiment rien ! Plus tard, je me dirige vers des toilettes. Occupés. Je fais un effort pour attendre patiemment mon tour en me disant que c’est occupé, que c’est calme mais que c’est normal et que ça va être mon tour. Effectivement, quelques minutes plus tard, une jolie femme sort. Je la trouve très class. Elle me sourit et s’excuse. Je pense « elle s’excuse de quoi ? ». Je la trouve vraiment très charmante et je me dit que les gens sont décidément très gentils ici. Je souris. Plus besoin de se demander si la situation est normale, quelle attitude adopter dans ce cas, que faire, que dire etc. Ici, je connais les codes sociaux et la société est bien réglée, régulée, droite. Je peux donc baisser ma méfiance et ranger mes « armes intérieures ».

 

Je me laisse tenter par un kiosque à journaux, décidée à acheter une carte téléphonique. Je me mets dans la queue. Je me force à rester calme et confiante. « Oui, mon tour va venir normalement, sans que j’aie besoin de m’imposer. Personne ne va me passer devant ou me bousculer. La vendeuse s’adressera à moi quand mon tour viendra. » Effectivement, ça se passe comme ça. Rapidement, la vendeuse me dit bonjour. « Je voudrais une carte téléphonique s’il vous plait ». Alors, d’un coup, elle me répond avec une rapidité surprenante en me demandant quel type de carte je veux. Car il y a celles qui blablabla et celles qui blablabla. La vitesse de ses paroles, leur cohérence et leur clarté, la vivacité de sa voix me laissent pantoise. Je ne comprends rien à ce qu’elle me dit. Après l’avoir fait répéter, je réponds au hasard car je ne comprends toujours pas. Puis, fièrement, je sors ma carte visa, et je l’introduis dans la machine ! Un an que ça ne m’était pas arrivé de payer ainsi…

 

Ensuite, un peu perdue, je vais aux renseignements. Je ne trouve pas ma correspondance pour Strasbourg. La dame à qui je m’adresse comprend bien ce que je dis et répond exactement à la question que je lui pose, de façon rapide, et me donne le renseignement que je cherche. Quelle efficacité ! Je suis émerveillée ! J’avais perdue l’habitude qu’on me réponde exactement à la question que je pose et qu’on me donne la bonne réponse…

 

Une blanche au milieu des blancs. Je passe enfin inaperçue. Je suis chez moi, je fais ce que je veux.

 

Avoir soif. Trouver un robinet. Et étancher sa soif. Des choses simples, et si agréables ! La redécouverte de sensations, de plaisirs !

 

Je ne comprends pas trop pourquoi les gens marchent si vite. « Où est-ce qu’ils vont pour être aussi pressés ? Qu’est-ce qu’ils ont à faire de si important ? » me dis-je… Ici, on ne rigole pas. On fonce. On y va. On va droit au but. On exécute sans discuter. On ne marchande pas. Efficacité. Rigueur.

 

Oui, je suis chez moi, au pays des blancs. Mais mon esprit est encore plein du Cameroun et des Camerounais qui me sont chers. Je suis encore pleine du désordre continuel, de l’ambiance très animée et colorée des rues de Yaoundé…

 

Arriver à Strasbourg et prendre l’autoroute jusqu’à Metz, puis les routes nationales et les petites routes vers Marly me donne une impression très forte, qui me restera longtemps. L’impression d’être dans un jeu video. Des routes bien droites, bien propres, bordées par des maisons bien alignées et toutes pareilles. Des voitures silencieuses qui brillent de mille feux, qui roulent bien droit, qui s’arrêtent au feu rouge calmement, automatiquement, en laissant un espace par rapport au véhicule devant. Des véhicules qui repartent quand c’est vert, calmement, automatiquement, sans klaxonner, sans essayer de passer à tout prix en empruntant n’importe quel chemin, entre des poteaux, des troncs d’arbres, des panneaux, des trottoirs. Calmement, automatiquement. « Où sont les gens ? » « Que font-ils ? ». Des rues vides. Des trottoirs quasi vides. Si on voit quelqu’un, il est assis à un arrêt de bus, il promène son chien ou il va à un endroit bien précis, dans un but défini, faire quelque chose qu’il a planifié et qui va arriver comme il l’a prévu. Propreté. Netteté. Précision. Exactitude. Efficience. Rapidité.

 

Je pense à Monique, Julienne, Brigitte, ces femmes paysannes que j’admire ; à Innocent, Ndolo, Jean-Marie, Robert, ces hommes courageux, tous ces gens que j’aurais tant aimé emmener avec moi pour leur faire découvrir le pays des blancs…

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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