Avant que le 31 janvier arrive, je tiens à vous souhaiter une TRES BONNE ANNEE 2007 !
Que vous ayez le courage de réaliser vos rêves et qu’ils se réalisent !
Et que votre bonne étoile vous guide !
De mon côté, l’ouverture de l’année 2007 est un peu comme un nouveau début pour moi. Cela fait plus de 6 mois que je suis au Cameroun et je passe donc la « première phase » de mon volontariat. On m’avait prévenu. J’expérimente. En effet, au bout de 6 mois, une nouvelle période s’ouvre. Les yeux sont moins écarquillés dans la rue, on hallucine beaucoup moins dans la ville, au village ou en entendant les gens parler, on a goûté à la plupart des plats, on a été à des deuils, des mariages, des baptêmes, dans des cabarets bien camerounais, dans des boîtes à l’occidentale, on a mis son nez dans tous les milieux (camerounais de la haute, de la moyenne et de la très basse, camerounais des villes, camerounais des villages, riches expat hauts placés, volontaires, coopérants de
Dans mon travail, je suis désormais autonome. Il me reste bien sûr toujours des progrès à faire et des tas de choses à apprendre mais je maîtrise déjà bien l’approche du projet, les techniques de base, je cerne bien ma mission et les outils de suivi-évaluation sur lesquels je travaille, je suis capable d’animer des réunions, de faire mon planning et je me sens vraiment à l’aise dans tous les villages où nous intervenons. J’ai un bon contact avec les paysans et j’aime travailler avec eux, être avec eux chez eux. Je m’entends bien avec les animateurs et j’aime également travailler avec eux. Nous formons une équipe de travail de qualité je trouve (chef de projet français, 3 animateurs camerounais, moi, et récemment un chef de projet camerounais adjoint).
La vie en brousse fait maintenant partie de ma vie. Quand je suis là-bas et que je « prends mon bain », cad dehors avec une bassine d’eau froide, quand je vais aux « toilettes », cad les latrines, quand je vois la chambre où je vais dormir, je n’ai plus l’impression d’être dans un documentaire d’Arte. Non, je me sens « chez moi ». Le chez moi de brousse. Oui, car maintenant, dans les villages où nous intervenons (sauf les tous derniers nouveaux), je sais où je vais dormir, où sont les toilettes, je connais les gens par leur nom, je connais un peu leur histoire... Quand je rentre chez moi à Yaoundé et que je prends ma douche avec tant de délice, je ne pense plus à eux en me disant « eh dire qu’eux, ils sont toujours dans leur merde ... ». Non, ils sont chez eux. Dans leur culture, avec leur vie qu’ils ont façonnée, avec leur histoire qu’ils ont plus ou moins subie, avec les avantages et les inconvénients de la brousse. Moi, je suis alors chez moi. Je retrouve mes repères, mon petit monde où je me sens si bien.
La phase d’accueil en brousse touche à sa fin. Pas complètement puisqu’il y a encore des nouveaux villages où je ne suis pas bien connue, mais globalement.
L’accueil, en brousse, c’est grandiose. On te prépare bien à manger, les « meilleurs mets » (que tu peux détester néanmoins si tu n’es pas extrêmement ouvert sur le plan culinaire), on te sers à boire (l’eau de la pompe ou, si tu es vraiment très chanceux, une brique de vin rouge (souvent difficile à boire pour le peu que tu aies un goût un tant soit peu raffiné pour le vin) et tu repars les bras chargés de cadeaux (bananes douces et plantains, manioc, macabo etc). Par contre, quand tu n’es plus nouveau et que tu commences à vivre un peu comme eux, alors les choses deviennent parfois difficiles... Eux, ils sont habitués dès le plus jeune âge à ne boire le matin qu’un verre de vin de palme et à ne manger souvent qu’une seule fois par jour, le soir, au retour du champ. Pour moi, c’est impossible. Je ne peux pas marcher toute une journée en brousse et dans la boue des bas-fonds, de 7h du mat à 17h sans rien manger d’autre que les quelques bananes, papayes ou arachides qu’on pourra trouver en route (si j’ai la chance qu’on en trouve) ! Je me débrouille comme je peux mais il va falloir que je trouve des bonnes solutions (sachant que le coup des biscuits, c’est pas top : 1 le matin ça ne me suffit pas, ça me calme pour 2 ou 3h seulement, et 2 : ça ne se fait pas du tout de sortir ses biscuits en brousse. Et s’il faut prendre le prétexte d’aller aux toilettes pour manger ses quelques biscuits, c’est vraiment pas top non plus...). Les repas deviennent non seulement rares, mais de plus en plus simples et de moins en moins bons. En vérité, je n’ai guère le choix. Il va falloir que je m’habitue. Même si j’apporte quelques trucs, ça ne change pas vraiment.
Pour l’eau, je m’applique à faire très gaffe. Mais ce n’est pas facile. Quand ma bouteille d’eau est vide, il faut alors que je trouve un stratagème pour la remplir et mettre ma pastille désinfectante dedans (ce qui donne un goût affreux à l’eau d’ailleurs), et encore attendre 1h pour que ça fasse son effet... Le tout en étant la plus discrète possible car ça le fait pas trop de sortir sa bouteille d’eau en brousse, surtout devant les gens et encore moins pendant que tu manges !
Ces inconvénients sont cependant bien matériels. J’apprends à les dépasser. Les avantages d’être déjà une « habituée » de la brousse sont supérieurs à mon sens. Moi qui aime tant le contact avec les gens et le tissage de relations humaines, je suis servie ! Les gens me connaissent, ils ont confiance en moi et donc ils commencent à se « dévoiler », à me raconter leur vie, à plaisanter avec moi, et moi j’arrive de mieux en mieux à me faire comprendre d’eux.
Je me sens aussi bien plus à l’aise en moto et c’est vrai que la moto en brousse, c’est vraiment pratique. Ca économise beaucoup de kilomètres et un temps précieux. En ville aussi c’est pratique pour moi. Ca devient mon moyen de locomotion et ça me facilite les choses (je reste très prudente rassurez-vous et je ne la prends pas tout le temps non plus). Bon, cette semaine, j’ai quand même eu une chute et une crevaison, mais bon, rien de grave. Pour la chute, c’était dans un virage en brousse, des gars sont tout de suite accourus pour m’aider à relever ma moto et je m’en suis sortie avec seulement quelques égratignures ; et pour la crevaison, heureusement, j’étais en route avec un des animateurs. Moi qui suis fin nulle en mécanique et en tout ce qui s’en rapproche, j’ai beaucoup appris. Cet épisode à lui seul pourrait d’ailleurs faire l’objet d’un article ! Si j’ai le temps, je vous raconterai.
Bref, ma « nouvelle vie au Cameroun » commence à être ma vie.
Par contre, il y a un truc en ce moment auquel j’ai vraiment du mal à m’habituer. C’est d’avoir déjà été là 6 mois et que le temps soit toujours pareil, d’être au mois de janvier et qu’il ne fasse pas froid mais au contraire, qu’il fasse encore plus chaud qu’au mois de juillet ! Lorsqu’on a changé d’année, j’étais vraiment déboussolée. A un moment, dans ma tête, j’étais paumée, je ne savais même pas l’année, le mois ou le jour qu’on était. Tout s’était mélangé ! Non, vraiment, je n’arrive pas à réaliser qu’on est au mois de janvier.