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Lundi 5 février 2007

Cela faisait quelques jours que le Cameroun était en effervescence... Avec l’arrivée du président Chinois à Yaoundé et sa rencontre avec le grand Popol (Paul Biya...)...

 

Imaginez, une visite à Popol ! Une visite de Chine, de son homologue chinois ! Quel événement ! Cela mérite une ville en liesse et la sortie d’un nouveau pagne (tissu) sur lequel les visages de Popol et Hu Jintao sont côte à côte [1]! Il faut dire que la Chine est un des plus grands investisseurs au Cameroun. Eh oui, les Chinois, ils envahissent le continent africain. Ils sont discrets, mais ils sont partout. On ne les voit pas mais peu à peu on se rend compte que tout ce qu’il y a autour de soi est chinois et que tout ce qu’on a chez soi est chinois ! Ce sont eux qui gagnent les marchés actuellement (construction de routes, d’hôpitaux, d’écoles...). C’est pas forcément de la qualité, ni durable, mais au moins, c’est pas cher, et donc accessible à un grand nombre. Les paysans ont ainsi les moyens d’avoir deux pairs de tongues au lieu d’une paire de scandales ! Elles durent 15 jours mais ce n’est pas grave, après, on les recycle (on prend la semelle pour réparer les bottes, pour tailler des roues de petites voitures pour enfants etc) ou alors, si on n’a pas les moyen de les renouveller, on marche avec des tongues trouées... Ici, les tongues, on les appelle les « sans confiance », c’est tout dire...

 

Les chinois, ils sont corvéables à merci  : pour construire un grand bâtiment, ils sont capables de dormir dans des taudis pires que ceux qu’on trouve ici (et en plus ils sont cachés) pendant de longs mois, sans revendiquer quoi que ce soit. Donc ça fait un beau bâtiment pas cher.

 

Les chinois, ils sont généreux. Ils font de plus en plus de dons aux Africains. Ca se gère dans les recoins des palais présidentiels ; c’est bien sûr dénoué d’intérêt, les Chinois veulent faire profiter l’Afrique de leur croissance... Et en plus, c’est génial car il n’y a pas de contrôle, pas d’exigence ou de conditions genre ces conneries de respect des droits de l’homme ou je ne sais quoi. De PURS DONS. Ils annulent la dette chinoise du Cameroun, ils construisent quelques écoles gratos, ils font quelques dons… Quelle générosité ces Chinois...

 

Imaginez que si le Cameroun ne produit plus de riz c’est parce que les Camerounais peuvent trouver sur le marché du riz chinois moins cher que le leur...

Imaginez que certains poissons chinois sont moins chers que des poissons provenant des mers camerounaises...

Imaginez que le bâton de manioc que les Camerounais peuvent trouver à Paris sont fabriqués par des Chinois qui ont copié le savoir-faire camerounais…

Imaginez qu’en ville, parmi toutes ces femmes qui fabriquent les beignets au bord des routes, on trouve aussi des femmes choinoises…

Vraiment, quelle générosité ces Chinois...

 

Bref. Revenons à notre président chinois.

Hu Jintao+Paul Biya=amour, bonheur partagé, croissance, confiance...

 

Mais Hu Jintao+Paul Biya à Yaoundé=aussi routes bloquées pendant plusieurs jours, plusieurs fois par jour et Camerounais mobilisés.

 

Dans le village où j’étais cette semaine, la femme qui fait bouger le village était en train de chercher des femmes pour venir à Yaoundé pour accueillir le président Chinois. Je précise que oui, c’est souvent comme ça, dans les villages, on trouve fréquemment une femme qui s’investit à fond dans le développement de son village, de manière désintéressée, en plus de ses travaux dans les champs et dans le foyer bien sûr... C’est impressionnant. Si un jour l’Afrique sort de son marasme, ce sera grâce aux femmes... Oui, excusez-moi les hommes mais ici, je deviens féministe. Résultat, la venue de Hu J a même perturbé notre travail !

 

Et surtout, la venue de Hu J m’a donné l’occasion de vivre un sacré bordel en moto. Heureusement que je commence à être un peu expérimentée et que surtout, je ne me laisse pas envahir par la peur mais que au contraire, plus ça devient difficile, plus le challenge augmente, alors plus je m’amuse et plus j’aiguise mes armes intérieures pour rester forte.

 

Après avoir roulé 30 minutes sur la piste poussiéreuse, qui montait et descendait et qui était bien sûr toute cabossée, j’atteins enfin la ville la plus proche. Là, les travaux et les camions mais une route assez bien. Toute rouge de poussière mais on l’avait mouillée donc ça allait. J’atteins la périphérie de Yaoundé. Et là, tout se complique. Des bouchons, un bordel monstre, des motos qui roulent dans tous les sens. Je n’essaie même pas de comprendre, je me mets à rouler dans tous les sens, à me faufiler, pour essayer d’avancer. J’arrive au bout de la route, je me faufile toujours, je force le passage, jusqu’à ce que je vois des policiers qui barrent la route. Là, je vois que je ne peux plus avancer. Je descends alors de ma moto et je vais voir les flics. Je demande que « C’est COMMENT ? » (expression d’ici). Ils me disent que c’est bloqué car le président Biya et son homologue chinois ne sont pas loin... Je ris, on plaisante, je leur explique que je ne tiens pas à rester là longtemps car la nuit approche et que je ne veux pas rouler la nuit. Ils me disent d’attendre 45 minutes. Ok. Je plaisante avec les gens, je passe à la boutique à côté de moi et je m’achète du tissu afin de me faire confectionner une tenue (je n’ai jamais le temps d’aller au marché choisir un tissu donc ça tombait bien après tout), je discute et surtout, j’admire le bordel autour de moi.

 

Au bout de 45 minutes, je vais de nouveau voir les policiers et je leur re-demande que « c’est comment ? ». Je sens que ça chauffe, qu’on va pouvoir repartir : les gars grimpent de nouveau sur leurs motos, les voix s’échauffent, les moteurs grondent de nouveau. Je saute alors sur ma moto, j’enfile mon casque et je fais gronder ma Yamaha 100. Je ris intérieurement : me voilà en ligne avec tous ces chauffeurs de moto taxis ou ces jeunes motoman, à faire gronder ma moto comme eux, pour être prête à décoller et à ne pas me laisser rouler dessus au moment où ils ouvrent les barrières. Je me faufile... Le policier m’arrête de nouveau. Je dois attendre encore un peu. Et puis soudainement VROOOM, c’est le départ ! Alors la, vive le bordel : des voitures dans tous les sens, des motos qui roulent n’importe où et moi, qui fais comme eux puisque je n’ai pas le choix. Déjà qu’en temps normal, je ne comprends rien au code de la route (un feu rouge ne veut pas forcément dire qu’il faut s’arrêter ici...) mais là, c’est l’anarchie totale. Comme eux, je klaxonne comme une malade, je me faufile et je gueule sur les gens qui font n’importe quoi (à ce moment là j’en fais d’ailleurs partie mais il faut bien se défouler et lâcher ses nerfs...). J’ai quand même les yeux rivés sur mes rétros et j’essaie de rester très vigilente et réactive. Petit à petit, j’avance.

 

Tant bien que mal, j’arrive au rond point Longkak, MON rond point, celui juste à côté de chez moi : quel soulagement, me voici presque arrivée ! Et là, en face de moi, tout devient encore pire : c’est bouché, totalement bouché ! Des voitures dans tous les sens, des gros camions qui me crachent leur fumée noire dans la geule... Me voilà complètement coincée. En face de moi, un peu plus loin, un grand panneau publicitaire : « NO STRESS ». Ah merci ! Il me fallait bien ça. Ok, no stress. On va essayer. Je me faufile, je klaxonne, une dame au volant m’écrase presque le pied : j’active furieusement mon klaxon et je lui crie dessus (elle n’entend rien : le casque ne fait que me renvoyer ma voix...). Je donne alors un coup de pied dans sa voiture pour qu’elle s’écarte de moi (bien sûr elle ne sent rien... et j’ai surtout l’air bien ridicule avec mon petit coup de pied sur ma petite moto rouge, au milieu de ce gros bordel et de toutes ces voitures et camions...). Un gars, du haut de son gros camion, me fais signe, avec un sourire (visiblement amusé de me voir dans cette merde) de me faufiler par derrière...

Après quelques bleus, j’arrive en haut de ma rue et le gardien m’ouvre le portail...

 

Alors je crie VICTOIRE !!! Et je suis très fière d’avoir survécu à ce caillon général, provoqué par ce cher Hu Jintao... Et je remercie mon ange gardien de m’avoir si bien gardée ! Et je monte avec joie les marches des cinq étages qui mènent à mon appart ! Quel bonheur de se retrouver chez soi !



[1] Les pagnes, c’est vraiment une manie camerounaise. A chaque évènement, u nouveau pagne : journée de la jeunesse = un nouveau pagne, journée des instituteurs = un nouveau pagne, journée de la femme = un nouveau pagne, 70 ans de Paul Biya = un nouveau pagne… Et en plus, chaque « micro évènement » lance la confection de tenues avec le même pagne (mariage, réunion de femmes genre tontines, deuil…).

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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