Bonjour!
Les aventures d'"Audrey la camerounaise" se prolongent, encore à ce jour.... de manière inattendue... en France, dans sa terre natale, la Lorraine!!
Pourtant, au PVCOC (le projet de pisciculture sur lequel elle travaille) est en train de connaître une dynamique nouvelle : construction de buses (tuyaux d'évacuation de l'eau pour vidanger les étangs), de moines (système de vidange de l'étang)... Toutes ces formations données aux paysans sonnent comme une concrétisation de leurs étangs et on peut sentir un enthousiasme nouveau, un renouveau de dynamisme... Ils peuvent s'apercevoir que, effectivement, le PVCOC est aussi là pour donner des formations et que les buses et les moines dont on parle depuis le début sont une réalité. Soudainement, le fameux moule de moine et moule de buse en bois dont on évoque le caractère indispensable depuis le début se concrétise. Les paysans, qui doivent cotiser pour en construire un qui servira pour tous les pisciculteurs du village, voient enfin à quoi ça ressemble (on amène souvent les moules du projet pour faire la première formation). Soudainement, trouver 5000FCFA (8 euros) pour acheter un sac de ciment (qui servira à construire 4 buses, sachant qu'il en faut environ 8, ou un étage de moine, sachant qu'il en faut 2 ou 3, ou la semelle, fondation du moine) n'est plus un problème énorme et des solutions sont trouvées pour se procurer la denrée précieuse. On n'hésite même plus à dépenser 500FCFA de plus pour avoir du matériel de bonne qualité. (Oui, car le ciment chinois coûte 4500FCFA, mais il est aussi moins solide....)
"Mon voisin a sa buse, moi aussi je dois l'avoir!".
Effet d'entraînement...
Lorsqu'elle a dû quitter son pays d'accueil, le Cameroun, Audrey a même laissé deux étangs en eau et empoissonnés! Oui, le chef d'Ottotomo et une villageoise, Anastasie, avaient enfin fermé leurs étangs (pourtant ils n'avaient pas beaucoup de travail à réaliser puisque leur digue était déjà faite, grâce au passage de la voie de chemin de fer dans leurs bas-fonds, construite par les Allemands au XIXè ) et la coordination du projet (chef de projet+chef adjoint+Audrey) était passée dans la zone avec des petits tilapias et des hemichromis (poissons prédateurs destinés à contrôler la population de tilapias et à garantir ainsi une bonne croissance de ces derniers) pour empoissonner les étangs[1].
A Essambet, deux pisciculteurs avaient commencé à mettre un peu de terre pour élever leur digue! Dans tous les villages, les paysans en sont encore à nettoyer l'endroit où passera la digue et l'assiette, lieu de récolte des poissons lors de la vidange. Débroussailler, retirer les troncs qui jonchent le sol, creuser la boue, déraciner des troncs d'arbres est un très gros travail. Et entre les deuils, les maladies, la culture des champs, les petits travaux divers et toutes les activités politiques et sociales des villageois, ce n'est pas facile de travailler dans son site piscicole... Surtout lorsqu'on ne sait pas tellement à quoi ça va ressembler et ce que ça va rapporter puisqu'on est les premiers à faire de la pisciculture de cette manière...
C'est toute la problématique de l'innovation technique... et des pionniers...
Bref, lorsqu'Audrey dû partir, ça bougeait au PVCOC!
Mais parfois, le corps rappelle qu'il est plus fort que l'esprit ou l'enthousiasme. Il rappelle qu'il a ses limites.
La fatigue me pesait un peu depuis le début du mois de mai. Quelques microbes m'avaient affaibli. Et je n'ai pu résister, le palu m'a eu fin mai. Et ce mauvais palu m'a complètement cassée. Alors que normalement, avec un bon traitement, on s'en remet en une semaine, moi, un mois et demi plus tard, je n'en suis toujours pas complètement remise. Trois semaines après cette crise de paludisme, je dormais toujours 20h sur 24. On a décidé de me rapatrier en France pour faire des analyses et voir si mon corps n'enfermait pas un mauvais virus. A ce jour, j'attends toujours le résultat de certaines analyses mais les premières sont normales : mon corps a l’air d’être sain. Je vais mieux mais je dors toujours beaucoup et mon corps est encore trop faible pour pouvoir remonter sur ma moto et filer en brousse, à mon grand regret...
L'objectif de cet article était de vous raconter mes premières impressions en rentrant de France mais cette longue introduction m'a fatiguée...
Je vais donc me reposer un peu avant de continuer...
[1] Précisons que le projet n'apportera pas d'alevins dans chaque étang. On a fait cela car c'était le début. Les paysans sont en effet censés être complètement autonomes : "bientôt", ils auront chacun leur étang de service, qui servira de "pépinière à poissons". Et en attendant que chacun ait son étang de service, on s'appuiera sur l'entraide entre villageois. "On t'apporte les premiers poissons mais toi tu donneras des alevins aux prochains pisciculteurs prêts à empoissonner"... Un contrat. Depuis le début, on fonctionne avec les paysans sous la règle du contrat. Eh oui, la France est une société du contrat, qui plus est écrit, on trouve que ça marche plutôt pas mal... Donc on exporte le système. On trouve que c'est un système juste, loyal et responsabilisant. Avant de travailler dans une zone, on signe donc un contrat avec les paysans. Chacun s'engage. Chacun sait donc à quoi s'attendre. Et en cas de déviance, on peut rappeler les termes du contrat...