Mercredi 8 août 2007

Cela fait un mois et demi que je suis en France.

Cela fait un mois et demi que je tiens à vous raconter mes impressions sur la France lorsque je suis arrivée.

 

Au risque que cela vous paraisse périmé de le faire maintenant, je le fais car j’en ai envie depuis mes premiers pas sur le sol français.

 

Pour ceux qui s’inquiètent de ma santé, sachez que je vais mieux. Bien mieux même. Cependant, je dors encore beaucoup et je me fatigue vite. Je ne suis donc pas encore prête, malheureusement, à retourner au Cameroun. J’y retournerai lorsque j’aurai retrouvé un rythme de vie presque normal, sans dormir 12h par jour, et que j’arriverai à travailler plusieurs heures d’affilée sans être épuisée.

Au Cameroun, j’ai appris à être patiente avec les autres. La maladie m’apprend à être patiente avec moi-même, ce qui est parfois encore plus dur finalement.

 

Bon, essayons de se remettre dans l’esprit et l’atmosphère de mon arrivée en France…

On va même rembobiner le film un peu avant, au moment de mon départ du Cameroun…

 

 

Un départ précipité. La fatigue m’empêche de penser, de réaliser, d’organiser mes idées. Je rentre chez moi, dans MON pays. La joie de retrouver les miens. La tristesse de partir sans l’avoir prévu, de tout laisser d’un coup. L’angoisse de ne pas savoir ce que mon corps cache comme maladie. Pour combien de temps est-ce que je pars ? Les médecins français vont-ils trouver ce que j’ai ? Que mettre dans ma valise ? Ai-je quelque chose que je pourrais rapporter d’Afrique pour ma famille ? Si j’avais su, j’aurais comblé ma valise de cadeaux pour eux, mais là, je n’ai rien… Alors j’envoie vite fait quelqu’un au marché m’acheter des mangues, des ananas et des avocats. Et je remplis ma valise de ces fruits exotiques, en mettant quelques slips dessus et en espérant qu’ils ne fouilleront pas ma valise à l’aéroport…

 

Angèle m’emmène à l’aéroport de Yaoundé. Passées les portes vitrées, je suis seule. Debout, je dois attendre l’enregistrement de mes bagages. La fatigue pèse sur mes jambes qui se tiennent difficilement. De l’extérieur, mon mal-être se voit difficilement, et pourtant, intérieurement, dans mon corps, je suis exténuée, vidée. La lourdeur des « contrôleurs » camerounais m’exaspère. Je n’en peux plus. J’hésite sur l’attitude à adopter. Que lâcher ? Les pleurs ou la méchanceté ? J’essaie de garder mon sang froid. « Rester zen en toute circonstance ». Le leitmotiv que j’ai adopté depuis que je suis au Cameroun. Même en pareil moment, il me faut l’appliquer.

 

Enfin, me voilà dans l’avion. Cameroon Airlines. Quelles surprises me réserve encore mon vol, avec cette compagnie aérienne ? Finalement, pas grand mal. Une plus grande liberté, c’est tout. La liberté de s’asseoir où on veut dans l’avion, et même de changer de place si on change d’avis. La liberté de ne pas mettre sa ceinture lors du décollage (l’obligation d’attacher sa ceinture lors du décollage reste en effet théorique puisqu’on n’entend seulement une voix qui énonce les principes de sécurité. Tout le monde s’en fout, même les hôtesses !). La liberté de poser son sac de voyage à côté de soi (et non pas en-dessous du siège comme il se doit normalement). Et même, l’avion n’étant pas très rempli, la liberté de s’allonger sur une banquette! Je profite largement de cet avantage et, changeant de place, je m’allonge sur un lit formé de trois sièges pendant toute la durée du vol.

 

Atterrissage à Paris. Ciel gris. Légère fraîcheur malgré le soleil. Air sec. Je respire à fond.

 

« Je suis CHEZ MOI »

« Je suis AU PAYS DES BLANCS »

 

Yeux écarquillés, cœur palpitant, ces phrases ne me quitteront pas pendant plusieurs heures.

 

J’admire l’organisation de l’aéroport, les petits cafés animés, les kiosques à journaux fournis, les petites boulangeries dorées, les cabines téléphoniques occupées, les files d’attente bien droites. « Ca a l’air cool ici ». Je souris.

 

Je regarde les gens. Leur yeux surtout. Leurs gestes, leur pas, la façon dont ils se parlent entre eux. La manière dont les individus se comportent, attablés, buvant un café serré ou une petite bière. Tout, en eux, exprime une certaine vivacité, rapidité. On sent le poids de la société qui rythme les journées, qui impose ses règles de bienséance, qui imprime sa droiture dans l’habillement, qui règle la vie des gens. Ici, on n’a pas une minute à perdre. Il faut marcher vite car au pays du fromage, il faut gagner du temps. En France, le leitmotiv, c’est « Gagner du temps ». Si on a une minute, vite vite, il faut la remplir : un journal, un café. On marche en écoutant de la musique, on parle en mangeant, on téléphone en conduisant, on regarde la télé en lisant le journal, on tape à l’ordinateur en faisant des recherches sur internet… « Gagner du temps ». Ici, on ne mange pas quand on a faim, on mange des horaires. Il FAUT. C’est la règle. Je suis au pays du droit, de la loi écrite. Ici aussi il y a des codes sociaux. Mais je les connais. Je sais comment il faut être, comment il faut se comporter avec les gens, comment il faut parler avec eux. Je les comprends. Je vois leurs gestes avec un œil nouveau mais je les comprends. Je sais d’où ça vient et pourquoi ils font ça. Tout à coup, tout le savoir vivre français et le savoir être dans cette société bien réglée me reviennent dans l’esprit, et même dans le corps.

 

« Je suis chez moi ». « Chez moi… ».

 

Dès la sortie de l’avion, un policier français nous demande nos papiers. Rigueur, clarté, rapidité, class. Je suis impressionnée. Fièrement, je montre ma carte d’identité française. Un petit clin d’œil complice. Je suis chez moi. Mes compatriotes m’accueillent avec un sourire.

 

Avant de passer la douane, je fais la queue. Là, je me fais bousculer par un Camerounais. Habituée, je ne m’étonne pas et, automatiquement, ma réaction s’adapte à la situation : fermeté pour se faire respecter et humour pour faire passer le message. Mais dès le passage de la douane, un homme blanc me frôle le bras. Immédiatement, il se confond en excuses. Je suis ravie, extasiée devant tant de politesse. « Non ce n’est rien » : ce n’était plus qu’une formule de politesse : l’homme blanc ne pouvait s’imaginer à quel point je pensais ce que je disais ! Ce n’était vraiment rien ! Plus tard, je me dirige vers des toilettes. Occupés. Je fais un effort pour attendre patiemment mon tour en me disant que c’est occupé, que c’est calme mais que c’est normal et que ça va être mon tour. Effectivement, quelques minutes plus tard, une jolie femme sort. Je la trouve très class. Elle me sourit et s’excuse. Je pense « elle s’excuse de quoi ? ». Je la trouve vraiment très charmante et je me dit que les gens sont décidément très gentils ici. Je souris. Plus besoin de se demander si la situation est normale, quelle attitude adopter dans ce cas, que faire, que dire etc. Ici, je connais les codes sociaux et la société est bien réglée, régulée, droite. Je peux donc baisser ma méfiance et ranger mes « armes intérieures ».

 

Je me laisse tenter par un kiosque à journaux, décidée à acheter une carte téléphonique. Je me mets dans la queue. Je me force à rester calme et confiante. « Oui, mon tour va venir normalement, sans que j’aie besoin de m’imposer. Personne ne va me passer devant ou me bousculer. La vendeuse s’adressera à moi quand mon tour viendra. » Effectivement, ça se passe comme ça. Rapidement, la vendeuse me dit bonjour. « Je voudrais une carte téléphonique s’il vous plait ». Alors, d’un coup, elle me répond avec une rapidité surprenante en me demandant quel type de carte je veux. Car il y a celles qui blablabla et celles qui blablabla. La vitesse de ses paroles, leur cohérence et leur clarté, la vivacité de sa voix me laissent pantoise. Je ne comprends rien à ce qu’elle me dit. Après l’avoir fait répéter, je réponds au hasard car je ne comprends toujours pas. Puis, fièrement, je sors ma carte visa, et je l’introduis dans la machine ! Un an que ça ne m’était pas arrivé de payer ainsi…

 

Ensuite, un peu perdue, je vais aux renseignements. Je ne trouve pas ma correspondance pour Strasbourg. La dame à qui je m’adresse comprend bien ce que je dis et répond exactement à la question que je lui pose, de façon rapide, et me donne le renseignement que je cherche. Quelle efficacité ! Je suis émerveillée ! J’avais perdue l’habitude qu’on me réponde exactement à la question que je pose et qu’on me donne la bonne réponse…

 

Une blanche au milieu des blancs. Je passe enfin inaperçue. Je suis chez moi, je fais ce que je veux.

 

Avoir soif. Trouver un robinet. Et étancher sa soif. Des choses simples, et si agréables ! La redécouverte de sensations, de plaisirs !

 

Je ne comprends pas trop pourquoi les gens marchent si vite. « Où est-ce qu’ils vont pour être aussi pressés ? Qu’est-ce qu’ils ont à faire de si important ? » me dis-je… Ici, on ne rigole pas. On fonce. On y va. On va droit au but. On exécute sans discuter. On ne marchande pas. Efficacité. Rigueur.

 

Oui, je suis chez moi, au pays des blancs. Mais mon esprit est encore plein du Cameroun et des Camerounais qui me sont chers. Je suis encore pleine du désordre continuel, de l’ambiance très animée et colorée des rues de Yaoundé…

 

Arriver à Strasbourg et prendre l’autoroute jusqu’à Metz, puis les routes nationales et les petites routes vers Marly me donne une impression très forte, qui me restera longtemps. L’impression d’être dans un jeu video. Des routes bien droites, bien propres, bordées par des maisons bien alignées et toutes pareilles. Des voitures silencieuses qui brillent de mille feux, qui roulent bien droit, qui s’arrêtent au feu rouge calmement, automatiquement, en laissant un espace par rapport au véhicule devant. Des véhicules qui repartent quand c’est vert, calmement, automatiquement, sans klaxonner, sans essayer de passer à tout prix en empruntant n’importe quel chemin, entre des poteaux, des troncs d’arbres, des panneaux, des trottoirs. Calmement, automatiquement. « Où sont les gens ? » « Que font-ils ? ». Des rues vides. Des trottoirs quasi vides. Si on voit quelqu’un, il est assis à un arrêt de bus, il promène son chien ou il va à un endroit bien précis, dans un but défini, faire quelque chose qu’il a planifié et qui va arriver comme il l’a prévu. Propreté. Netteté. Précision. Exactitude. Efficience. Rapidité.

 

Je pense à Monique, Julienne, Brigitte, ces femmes paysannes que j’admire ; à Innocent, Ndolo, Jean-Marie, Robert, ces hommes courageux, tous ces gens que j’aurais tant aimé emmener avec moi pour leur faire découvrir le pays des blancs…

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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Commentaires

salut, je suis romann, le collegue de thierry georges a radio jerico metz.


juste pour te souhaiter bon retablissement, et si ca te dit, n'hesites pas a venir nous voir dans notre antre....histoire de faire connaissance...


Amicalement, romann


PS: j'adore ton style de narration

commentaire n° : 1 posté par : romann (site web) le: 14/08/2007 16:43:56

ouahou !! c'est exactement ce que j'ai ressenti quand j'ai reposé le pied en france...


dis moi que deviens tu ? es tu tjs en france ou es tu respartie au cameroun ? tiens moi au courant

commentaire n° : 2 posté par : renaud le: 28/08/2007 00:28:40

ouahou !! c\\\'est exactement ce que j\\\'ai ressenti quand j\\\'ai reposé le pied en france...


dis moi que deviens tu ? es tu tjs en france ou es tu respartie au cameroun ? tiens moi au courant

commentaire n° : 3 posté par : renaud le: 28/08/2007 00:30:27
je dois dire ke kan je lis ton article j arrive pas a saisir si t a aime le cameroun ou pas la culture est differente c est clair y a des plus et des moins (beaucoup plus de moins mais on essaie d ameliorer ca ), sinon c est toujours sympa de lire ce que d autre personnes pensent de mon pays.
commentaire n° : 4 posté par : virgile le: 03/09/2007 09:50:54

Merci Audrey de m' avoir fait revoyager au Cameroun. J' y vais tous les deux ans avec ma femme qui est camerounaise. En lisant ton blog, ce sont mille et un souvenirs, mille et une sensations qui reviennent à mon esprit. J' ai vécu cela aussi les deuils, les taxis brousse à l' état d' épave, la poussière, le village...toutes ces choses parfois difficiles à supporter mais qui me manquent une fois rentré en France.


Cette fichue terre rouge me manque, la chaleur humaine, le pays du kongossa autour d' un bon poisson braisé ou des soyas. Cette envie irrésistible de repartir au Cameroun, vivre au jour le jour sans stress de choses simples, aller au marché, au village, se fondre dans la population et le tintamarre des Bensikings, les klaxons, les odeurs... Les retrouvailles à l' aéroport de Douala avec la belle-famille, les amis...Aussi la tristesse du retour en France et trois semaines pour me réadapter à la vie en Europe: Ces routes rectilignes, les péages d' autoroute déserts ou je cherche en vain les petits marchands ambulants de fruits, de beignets, d' arachides.


J\\\'ai "besoin de Cameroun"...


 

commentaire n° : 5 posté par : Fred le: 28/09/2007 22:54:03

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