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Mardi 9 octobre 2007

Le Cameroun….

 

Son odeur, un peu chaude, un peu humide, un peu vieille : c’est d’abord elle qui m’a frappée lorsque mon avion a atterri le 9 septembre à Douala.

 

Son désordre ensuite, que j’avais déjà un peu oublié (et présent même déjà un peu dans l’avion…). Ce désordre qui agace, qui met mal à l’aise, qui nous fait tourner la tête. Mais ce désordre qui donne au Cameroun toute cette ambiance qui rend le quotidien si piquant.

 

Me voici ENFIN de retour au Cameroun !

 

Ah…. ENFIN un peu d’animation : couleurs, musique, stands éparpillés, gens partout, voitures qui roulent dans tous les sens, motos qui zigzaguent n’importe comment, femmes qui se battent autour de leur poisson braisé (« il est pas bon mon poisson ????!!! Tu dis même quoi ? C’est comment ? »), hommes qui rient fort autour de leurs bières en commentant l’arrière train des jeunes filles ayant le malheur de passer devant eux, enfant qui courent ou qui vendent des petits paquets d’arachides qu’ils portent sur un plateau posé sur leur tête à 100/100 (c’est-à-dire 100FCFA le paquet), taximen qui klaxonnent pour trouver des clients, mini bus qui enfument à 100m à la ronde et derrière lesquels un autocollant ou une plaque apposée dessous la plaque d’immatriculation rassure les citoyens en proclamant que « Jésus sauve et guérit », bars qui font sourire de par leur nom « Cochon bar » « La marseillaise » « Champs Elysées bar » « Point d’achèvement bar[1] »…

 

Le tout, sous un soleil brillant et chaud parfois voilé par les averses qui transforment les énormes trous des routes de Douala en véritables piscines et les rues de Yaoundé en fleuves (nous sommes en saison des pluies, ce qui rend l’atmosphère un peu fraîche, ce qui est agréable lorsqu’on arrive juste de France).

 

« Le Cameroun, c’est le Cameroun ». Ce slogan bien connu des Africains et proclamé par les Camerounais est d’une aide précieuse pour expliquer l’inexplicable, pour clarifier le flou, pour éclairer le noir et pour rendre possible l’impossible.

 

Tout ce désordre, cette ambiance, cette société qui a ses propres lois (souvent orales, coutumières, hors du sens logique) et ses codes culturels, je les ai retrouvés d’un coup. Je ré-apprend à les aimer et à m’y faufiler avec aisance. Plus mon énergie remonte, plus mon goût pour cette vie-là augmente. Il m’a bien fallu les deux premières semaines de mon arrivée pour me reposer et reprendre le rythme camerounais! La venue d’un ami, Pierre-Henri (il devait venir en juillet à l’origine…) m’a forcé à attaquer les choses en douceur et à ne pas reprendre le travail tout de suite.

 

Ce n’est que le 24 septembre que j’ai enfourché de nouveau ma moto, avec un grand plaisir. La joie de retrouver toute l’équipe de travail était réelle et partagée. La tristesse de changer de quartier (nos locaux ont dû être transférés pour des raisons obscures et diverses) commence à se changer en plaisir de découvrir d’autres lieux, d’autres visages, d’autres petits coins où trouver des bons plats et du bon poisson braisé. Je pars souvent en repérage, comme j’aime le faire. Et je suis observée. Les gens murmurent autour de moi « Ahhh… cette fille est chez le Bassa là-bas, vers prestige » (« le Bassa », c’est le chef de notre ONG partenaire, dont l’ethnie d’origine est Bassa. Et « prestige », c’est le nom de l’hôtel juste devant nos locaux). Les hommes tentent leur chance, ils me testent. Les mamas chez qui je vais manger se réjouissent de voir une blanche manger leur nourriture. Les gens apprécient ce que je mange et la manière dont je les mange, les mets locaux, le poisson braisé avec les mains… Ils voient que je n’ai pas de mal à contre-attaquer les dragueurs, que je ne me laisse pas faire et que je connais les prix et les coutumes. Je commence donc à avoir mes protecteurs « ahhh laisse-là manger en paix ! Ou… celle-là, elle est déjà camerounaise ! Je lâche parfois quelques mots d’Ewondo (le patois de la région) pour qu’on me respecte davantage et ça marche. Les gens apprécient et commencent à m’adopter.

 

J’ai encore besoin de repos, donc je ne repartirai en brousse que plus tard. Pour l’instant, je reste en capitale et ceci me permet de rattraper mon retard et de mettre à jour de nombreux documents. Je dois calmer mon impatience de retrouver tous les paysans, qui, on me dit, demandent des nouvelles de moi à chaque occasion.

 

Cette impatience de regagner la brousse est tempérée par les sourires de ces femmes et de ces hommes qui avaient appris à me voir vivre ici et avec qui j’avais commencé à nouer des relations. Il y a d’abord le sourire, les yeux pétillants et la grâce de Denise, cette femme courageuse qui fait vivre une famille de 4 enfants grâce au yaourt qu’elle confectionne et qu’elle vend en marchant dans la rue, sa glacière sur sa tête. Il y a ensuite le visage marqué par les soucis de Mado, ce visage qui s’éclaire à mon approche, lorsque je vais lui acheter quelques tomates, oignons, papayes, oranges en rentrant du travail. Il y a aussi Ndolo, ce jeune homme dont la forme de pureté et de candeur qui émane de lui m’étonnera toujours, au vu du contexte dans lequel il vit et de la dureté de sa vie. Il y a la douceur et les attentions de Sandrine, cette jeune fille qui tenait un call box à côté de chez moi et qui a dû déménager à Douala pour se rapprocher des siens et se battre afin de subvenir à leurs besoins (père handicapé, mère absente et 3 jeunes sœurs)… Il y Angèle, cette femme pédiatre spécialisée dans les soins du cancer de l’enfant, la seule du Cameroun, qui est dans un véritable combat pour plus de justice, au détriment de son salaire[2], de sa famille et de ses rêves personnels ; cette Angèle dont j’aime tant la famille (le mari et ses 4 enfants, bien vivants) et chez qui je me sens chez moi… Il y a aussi Honoré et Annie, dont la chaleur de l’accueil marqueront durablement toutes les personnes venues me voir et ayant atterri à Douala. Et il y en a tant d’autres !



[1] Le « point d’achèvement » est la fin de la première étape du C2D, le programme de reconversion de la dette camerounaise à la France en projets de développement.

[2] Avec sa formation elle pourrait gagner le quadruple en terme de salaire, en ouvrant son propre cabinet. Mais elle choisit la justice sociale et donc elle met ses connaissances et son savoir-faire au service de son pays, dans la fondation Chantal Biya.

par Audrey Sirvente publié dans : audreylacamerounaise
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